Le Roi, le courtisan... et l’apothicaire

24 décembre 2007

Il était une fois un homme politique de droite.
Lors des Présidentielles de 2007, il s’était pris à La Réunion une mémorable raclée, écrasé dans toutes les communes par l’égérie du parti socialiste.
Il était une fois un autre politicien de droite.
Sénateur-maire de son état, courtisan très actif et accessoirement célèbre marchand de poissons, il avait beaucoup négligé sa commune et, sentant monter la colère du peuple, avait la hantise de se prendre la même déculottée aux municipales de 2008.
D’autant que - le léchage de bottes n’étant plus ce qu’il était - il n’était plus vraiment dans les petits papiers de l’homme politique précité, devenu entre-temps Roi de France.
Il y avait donc pour lui urgence : comment faire pour récupérer l’un et l’autre : garder sa mairie en couillonnant le petit peuple, et revenir en grâce auprès du Roi ?

Lui vint un trait "de génie" : susurrer au Roi que la franchise médicale de 50 euros, nouvel impôt aussi impopulaire que la gabelle sur le sel, allait faire perdre les municipales à la droite réunionnaise, déjà largement discréditée.
On le sait, les Municipales sont le terreau des Législatives et Présidentielles à venir. Et notre Roi bien aimé a toujours clamé, depuis son accession au trône, son attachement viscéral au pouvoir et à l’argent. Hors de question pour lui par conséquent d’imaginer un seul instant se faire évincer aux prochaines Présidentielles par un petit malotru de socialiste ou autre !

Alors le Roi et son courtisan, passé maîtres dans la manipulation de l’opinion, trouvent un bouc émissaire : le pharmacien, ce « riche bourgeois qui exploite serfs et roule carrosse », et un écran de fumée : l’augmentation du pouvoir d’achat par la baisse du prix du médicament.
« Oyez, oyez, braves gens : on va casser du pharmacien, on va baisser le prix du médicament, et vous, vous serez riches en écus à la Noël ! ».
Moyennant quoi, les deux compères apparaissent comme les sauveurs de la population opprimée et affamée.
Le Roi s’assure les voix dont il aura besoin pour garder son trône, et fait passer son nouvel impôt en douceur.
Quant au courtisan, il revient en cour, garde sa mairie et qui sait, se fera peut-être octroyer à Noël un super-quota de poissons en récompense des services rendus à sa Majesté.

Apparemment le petit peuple gobe l’histoire sans broncher. Les scribes et harangueurs publics itou. On se prépare à tondre les « bourgeois » et à festoyer sur leurs cadavres fumants.

Mais il y a un os - ou plutôt une arête - qu’on n’avait pas prévu : ces foutus apothicaires ne se laissent pas faire.

Confrontés à une décision absurde prise de façon dictatoriale dans un but exclusivement électoraliste, ils s’organisent. Les chiffres parlent. Ils savent désormais que cette décision les mettra sur la paille et qu’elle jettera leurs « serfs » dans la rue sans aucun avenir.
Il y a urgence pour leur survie : le Roi refuse toute négociation et l’on apprend même qu’il tranchera définitivement à la fin de la semaine.
Sa ministre de la santé, venue en toute innocence (??) nous chanter la célèbre épître « Tout va très bien Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien... » a été renvoyée à la niche, la queue basse, par son seigneur et maître. Depuis, on ne l’entend plus.
Le Roi décide. Le Roi tranche (« Pitié, Majesté ! Coup’pa nou ! »). Le Roi a droit de vie et de mort. Les ministres et les courtisans s’écrasent. Tout, oui tout, plutôt que de perdre les faveurs du Roi, les laquais, carrosses, pensions et charges lucratives qui vont avec.

Alors les apothicaires résistent.
Ils font grève pour tenter d’obtenir audience auprès de Sa Majesté en son Palais de Versailles... Pour l’instant on en est là.
Mais il se fait tard. Le marchand de sable passe.
La suite de cette histoire peut-être dans quelques jours...

Didier Derand
Docteur en Pharmacie
Chevalier de l’Ordre National du Mérite


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