Di sak na pou di

Le traitement subliminal et inconscient des images

Frédéric Paulus / 26 octobre 2017

Dans un récent courrier des lecteurs où il était question du savoir sur l’être humain en pièces détachées qui commençait à s’assembler, j’illustrais le processus en faisant appel à l’image d’un puzzle en cours d’assemblage. J’ai dû faire référence à l’ouvrage Comment le langage est venu à l’homme de Jean-Marie Hombert & Gérard Lenclud, (2014), qui rassemble le savoir autour de l’émergence du langage chez nous sapiens. Je devais être si pressé d’en savoir plus sur l’hypothèse controversée de la générativité innée du langage chère à Noam Chomsky que je n’ai pas porté attention à l’illustration de la jaquette. Y figure l’image d’un puzzle en train d’être complété. Comment comprendre ce moment d’inattention de ma part ? Etait-ce la marque d’une sorte d’obnubilation de ma conscience laquelle se serait portée sur la question de l’origine du langage ? Serait-elle seule en cause pour expliquer ce défaut de perception ? Ou (et) faut-il y voir une sélectivité cognitive gouvernée par la conscience qui laissait à la perception inconsciente subliminale, comme marge de manœuvre, de capter l’image à mon insu ? Dans ce courrier, j’utilisais l’image d’un puzzle illustrant le savoir qui s’assemble en pensant qu’elle provenait de mes propres réflexions et créativité consciente.

Or, je devrais me référer à deux auteurs neuroscientifiques, pour ne pas être dans la dépendance intellectuelle d’un seul auteur, Stanislas Dehaene, ensuite Lionel Naccache. Tous deux explorent le cerveau sous différents angles dont celui du traitement inconscient de l’information. Ils poursuivent notamment les travaux de Marc Jeannerod qui nous aura instruit en ce domaine.

Stanislas Dehaene, dans son ouvrage Le code de la conscience, (2009-2013) présente une série d’expérimentations - dont les chercheurs en laboratoire ont le secret de l’inventivité - pour nous démontrer de façon reproductible et donc irréfutable que nous avons été « aveugles au prodigieux pouvoir de l’inconscient ». Nous accorderions « trop de crédit à l’introspection consciente et sous-estimons en permanence l’importance des vraies raisons inconscientes de nos comportements », p. 116, (2013). Les conclusions qui peuvent se déduire de ces travaux ne vont-elles pas provoquer par effet de domino des remaniements dans notre propre rapport à nous-mêmes, à ce qui fait notre fierté, c’est-à-dire la conscience, notre libre arbitre etc,. Et que penser de la pédagogie scolaire loin de solliciter l’intelligence inconsciente des élèves ? Que penser de la pathogénie de l’inconscient révélée par Freud ? Sans doute sommes-nous dans ce cas au-devant de l’autre face de l’inconscient, lorsque celui-ci aura subi les conditionnements et inhibitions épigénétiques lors de l’ontogénèse et du développement de la personne. Stanislas Dehaene citera pour marquer nos esprits le grand mathématicien Henri Poincaré qui préconisait de prendre une décision après une bonne nuit de sommeil. Notre inconscient, effectivement, porte conseil ! Il nous fait aussi rêver !

Quant à Lionel Naccache, il pose la question, Perdons-nous connaissance ? De la mythologie à la neurologie ?, (2010). Sa réponse est non ! Il en appelle à une société de la connaissance où la science serait à notre service pour nous éclairer dans notre quotidien. Sujet qui mériterait à lui seul un autre courrier.

Frédéric Paulus, CEVOI