Lecture sélective du ’Code noir’ par le docteur Gilbert Gérard

9 juin 2009

Dans le courrier des lecteurs du journal "Le Quotidien" (édition du samedi 30 mai 2009), le docteur Gilbert Gérard se dit stupéfait que Paul Vergès ait pu déclarer lors du 6ème Congrès du PCR : « La MCUR (Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise) sera le grand sanctuaire de tous ces milliers d’esclaves qui n’ont pas eu de sépulture ».
Une telle affirmation, soutient le médecin dionysien, est une « contre-vérité qui témoigne d’une lecture en diagonale de l’histoire de La Réunion » et, pour étayer son propos — j’allais dire son accusation —, il se réfère à l’article X des lettres patentes de décembre 1723 signées de Louis XV et connues sous le nom de "Code noir".
Cet article X est ainsi rédigé : « Les maîtres seront tenus de faire enterrer en terre sainte dans les cimetières destinés à cet effet leurs esclaves baptisés ; et à l’égard de ceux qui mourront sans avoir reçu le baptême, ils seront enterrés la nuit dans quelque champ voisin du lieu où ils seront décédés ».
Or, le docteur Gérard s’abstient — volontairement, sans doute — de citer la seconde moitié de cet article X. Son but, à l’évidence, est de démontrer que Paul Vergès falsifie l’histoire lorsqu’il affirme que des « milliers d’esclaves n’ont pas eu de sépulture ». Ce qui est d’une rigoureuse exactitude.
Soutenir le contraire, c’est oublier également qu’entre 1663 (date de l’arrivée dans l’île de Pierre Pau et Louis Payen, accompagnés de dix Malgaches) et 1727 (date de l’application du "Code noir" à Bourbon), des milliers d’esclaves sont morts sans qu’il soit prévu, pour eux, de sépulture.
Par ailleurs, en mettant l’accent sur le contenu des articles Ier et XX du "Code noir", que les historiens considèrent comme « le texte le plus monstrueux qu’aient produit les temps modernes », le docteur Gérard tente de nous persuader que dans notre île, les esclaves ont été traités avec humanité et que, contrairement à leurs frères antillais, ils n’ont pas souffert d’actes de cruauté.
Certes, les articles cités par le docteur Gérard garantissent aux esclaves de Bourbon le repos nécessaire à la pratique d’une religion qu’ils n’ont au demeurant pas choisie, ainsi qu’une sécurité toute relative au soir de leur misérable existence. Mais il faut savoir que pendant toute la période servile, les maîtres se sont en général bien gardés d’appliquer les rares dispositions du "Code noir" susceptibles d’atténuer les souffrances de leurs esclaves.
Par contre, ils ont puisé dans les 54 articles du "Code noir" tout ce qui les autorisait à priver les esclaves de toute liberté, de tout droit, à les traiter comme des "meubles" et à leur infliger — pour des fautes parfois bénignes — des peines allant de la mutilation à la mort.
Cela explique que ces derniers se soient souvent révoltés ou aient opté pour le "marronage". Il me faut ajouter que les colons (propriétaires) de Bourbon n’ont pas hésité au 19ème siècle à se faire complice d’individus se livrant à des actes de piraterie afin de retarder le plus possible l’abolition de l’esclavage.
En effet, au congrès de Vienne (février 1815), la France s’est rangée dans le camp des pays d’Europe condamnant la traite des Noirs ; un commerce qui avait concerné jusqu’à cette date près de 80.000 personnes pour notre île.
En dépit de cette condamnation, 38.500 Noirs ont été vendus à Bourbon entre 1817 et 1830.
Sur une petite échelle, il est vrai, ce commerce s’est poursuivi après 1830. Il a fallu attendre la révolution de 1848 pour que prenne fin le crime que constitue « la propriété de l’homme sur l’homme ».
Que les faits relatés ci-dessus — des faits ignorés de la plupart des Réunionnais — soient rappelés dans un musée, quoi de plus juste ? Que ce musée — qui permettra enfin à nos concitoyens de s’approprier leur passé — soit considéré par le docteur Gérard comme « le temple du mépris » nous montre que les séquelles de l’esclavage n’ont pas encore disparu de la société réunionnaise et qu’il est urgent que soit construite cette Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise voulue par la Région Réunion.

Eugène Rousse


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Messages

  • Merci Mr. Eugène Rousse, d’apporter cette précision quant aux « milliers d’esclaves qui n’ont pas eu de sépulture ». De la part de qui que ce soit, il n’y a rien de dérangeant pour le dire et de la même manière, comme pour vous de l’écrire, la totalité des faits. Faut-il encore laisser se perpétrer cette ségrégation de la culture sur l’autel de la sépulture, Non.
    Que nous restera-t-il après avoir tout oublié, surtout si en plus on préfère nous le cacher avant d’avoir appris.
    Merci encore Mr. Eugène Rousse de cette leçon d’humanité en toute humilité ou cette leçon d’humilité en toute humanité.
    BRAVO. DI A LU SAK NA POU DI, DON.

  • Quelle est donc la philosophie d’une société qui se dit ’’ civilisée’’ prête à dénigrer l’Histoire de ces Femmes, enfants et hommes noirs* courageux,inventifs,philosophes... déshumanisés pour promouvoir un business sauvage ultra-marin ?

    Question : Existe-il un continent ou une planète qui s’appelle Noir ou qui s’appelle blanc...A ce que je sache Non.. Et ca philosophe encore à tord et à travers...

    Vite vite montre-toi MCUR...pour qu’on cesse de blasphémer les Mémoires de nos dignes ancêtres MARRONS morts... que la MCUR soit la voix de ceux qui n’ont pas de voix dixit Aimé Césaire.

    *une Humanité originaire d’Environnement culturel Riche aux grandes valeurs de :Respect, solidairité, fraternité,philosophie, sens de la créativité, musique des âmes heureuses, esprit de consensus, d’honnêteté et d’altruisme-)

    • Non à la " Démon-cratie" du Conseil d"Etat Français. "Mais c’est un scandale !!!"

      A Kafrinelle, à la lecture de votre commentaire en réponse à l’article :
      « Lecture sélective du "Code noir" par le docteur Gilbert Gérard 9 juin 16:11, par Kafrinelle » , vous auriez aimé que l’on cesse de blasphémer “les Mémoires de nos dignes ancêtres morts”......

      Aujourd’hui, ce que nous vivons avec l’annulation des élections de Saint-Paul c’est la prise en otage collective des votants de cette commune.

      Si véritablement, ce n’est que le fait de signatures non-concordantes aux deux tours de vote que repose la décision de l’annulation des élections par le Conseil d’Etat, cela voudrait dire que l’Etat Français rejète purement et simplement toutes les personnes qui ont participé à ces élections :

      1/ A cause de plus d’une centaine de votants qui n’ont pas su signer de manière identique, l’Etat Français rejète la totalité des votants ainsi que le résultat du vote exprimé.

      2/ Par le fait même, l’Etat Français rejète le contrôle accomplis par tous les assesseurs de bureaux, qui plus est de tous les partis, après avoir, de par la liste électorale, rapproché la carte d’électeur, verifié l’identité par l’une des pièces en vigueur et faire apposer la signature en face du nom lors du vote. C’est aussi tout ce travail bénévol que l’Etat Français rejète, donc mal effectué, parce qu’il n’accepte pas le résultat des urnes.

      3/ Dans le même raisonnement, L’Etat Français a cru rejeter aux calandres grecques, par l’annulation des élections par le Conseil d’Etat, l’élue sortant des urnes en la personne d’Huguette Bello. Je me demande alors qui a signé le procés verbal du résultat de ces élections, n’est-ce pas le maire sortant Alain Bénard qui a signé sa défaite.

      4/ Qui peut affirmer que ceux qui ont mal-signé ont voté plus pour Huguette Bello qu’Alain Benard. Et si c’était l’inverse, la justice se serait faite sur la forme ou le fond.

      5/ Les Saint-Paulois sauront, je l’espère, inscrire dans “les Mémoires de ceux du Conseil d’Etat Français” que ; NOU Lé PAS PLUS, NOU Lé PAS MOINS, MAIS TOUCHE PAS A NOUT’ VOTE ,TOUCHE PAS A NOUT’ SCORE.

      La Mcur devrait aussi avoir au delà des individus comporter les faits et les effets de la "civilisation démon-cratique" opérée jusqu’à nos jours, pour que la Démocratie s’exprime de manière civilisée.

      Merci à Kafrinelle qui je pense est une dame et qui à la lecture du mot "Mémoires" de son commentaire m’a fait réagir face à l’injustice qu’on voudrait faire subir à Huguette Bello .


Témoignages - 82e année


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