Les copains coquins

18 septembre 2008

Il n’est pas nécessaire de remonter jusqu’aux papes de la Renaissance, qui abusaient outrageusement de leur pouvoir pour favoriser leurs proches, et en particulier leurs neveux, (en latin nepos), pour savoir ce que c’est que le népotisme, plus connu à La Réunion sous nom de ’popote en famille’.

Cette pratique qui a fleuri tout au long de l’Histoire, quel que soit le gouvernement en place, est devenue si naturelle et si banale qu’elle ne semble plus choquer personne. Sauf peut-être quelque connaisseur et heureux bénéficiaire comme Michel Poniatowski, l’ancien ministre de l’Intérieur de Valéry Giscard d’Estaing qui a eu l’idée d’associer les deux mots « copains » et « coquins » pour n’en faire qu’un, à une époque où l’Etat français participait très généreusement au sacre pompeux de l’empereur Bokassa.
Quand François Mitterrand a accédé à la présidence, chacun pouvait penser qu’il allait mettre fin à tous ces abus et à toutes ces largesses, lui qui avait tellement proclamé qu’il allait « changer la vie ». Mais il n’en a rien été, hélas, conformément à la maxime immortelle de l’armée : « à partir de demain, tout sera comme d’habitude ». Pas plus qu’avec Jacques Chirac où les affaires et les scandales ont repris de plus belle. Aussi certains se sont-ils remis à espérer en entendant Nicolas Sarkozy affirmer avec autant de force que de panache qu’il allait tout faire pour nettoyer les écuries d’Augias au nom de la « rupture » avec les méthodes révolues du passé : « Je veux une démocratie irréprochable », avait-il martelé, en précisant : « La démocratie irréprochable, ce n’est pas une démocratie où les nominations se décident en fonction des connivences et des amitiés mais en fonction des compétences. C’est celle dans laquelle l’Etat est impartial ». Et d’ajouter avec encore plus d’assurance : « Si l’Etat veut être respecté, il sera respectable. Je ne transigerai pas... Le fait du prince n’est pas compatible avec la République irréprochable... »
Seize mois après le changement de locataire à l’Elysée qu’en est-il exactement ? Le règne de Tartuffe continue. Sous la couverture de la volonté de s’associer, de se rassembler, eh bien, on s’accoquine ! Est-ce là le « culte de l’amitié » célébrée par Nicolas Sarkozy dans "au bout de la passion, l’équilibre" ? Ne confond-il pas, comme le montre l’enquête fouillée de "l’Express" dans son numéro du 11 au 17 septembre, amitié et copinage ?

Georges Benne et Jean Cardonnel


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus