Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
12 novembre 2007

Même moralement empoisonnés par une société humaine malade, ils disent souvent la vérité, ces enfants assassins. Je connais mal l’histoire de l’Américain ou du Coréen, mais celle du Finlandais est exemplaire.
Garçon intelligent, éclairé par le regard lucide de certains de ses enseignants, il a vite (trop vite) compris le Monde dans lequel il est né. Je réprouve évidemment totalement le crime et toutes les formes de violences. Mais qui peut m’empêcher de tenter de comprendre ce qui a amené un garçon de 18 ans à tuer ses camarades ? Crier sur tous les toits que ce garçon est un monstre et attendre la prochaine monstruosité pour répéter la même chose, c’est un peu facile. Nous ne sommes pas tous coupables du mal être de certains d’entre nous, mais nous sommes tous responsables de la lente dégradation du Monde.
Bizarrement, je suis d’accord sur la quasi-totalité de son diagnostic (analysé par la presse sur son blog), sauf un : son rejet de la tolérance, de la démocratie et de l’égalité. J’adhère presque à 100% à ses autres formules. Je préfère faire évoluer la société plutôt que la détruire, mais comme lui, je pourrais dire que je suis un humaniste anti-humain quand il s’agit de lutter contre la folie des Hommes. Quant à la formule : « Je suis le dieu et le démon de ma propre vie », il y a plus de 2000 ans qu’au travers du bien et du mal, de l’enfer et du paradis, elle s’applique à chacun d’entre nous. Dire que la vie humaine n’est pas sacrée peut choquer nos mentalités occidentales, mais nous supportons sans beaucoup d’états d’âme les milliers de morts du tiers et du quart Monde. Sur son tee-shirt, ce jeune homme arbore une autre formule : "L’humanité est surévaluée". Je ne suis pas loin de penser comme lui. Alors, pourquoi tuer sa directrice et 7 de ses camarades ? Pourquoi, en marge d’idées nobles a soufflé le mal et la destruction ? Probablement parce que ce jeune idéaliste ne croit plus (ou pas encore) que l’Homme a la capacité de se sauver lui-même, parce qu’il ne tolère pas ce que certains tolèrent un peu trop : l’inégalité et la souffrance des autres. Je l’ai toujours pensé, il est difficile d’être heureux dans un monde malheureux. Et les jeunes pousses pleines de vie, ne tolèrent pas les menaces qui pèsent sur leur avenir.
Mais l’humanisme ne doit pas être une religion de plus. Chez les cathos intégristes, il faut souffrir sur Terre pour mériter son paradis. Chez les écolos pur et dur, il faudrait que l’homme se fasse tout petit ou disparaisse pour laisser la place libre à la Nature. Ces deux attitudes sont absurdes. Il ne s’agit pas de se flageller parce qu’on a mal agi ou même donner sa vie sur l’autel de la Nature, il suffit d’aimer et de comprendre le miracle de la vie, il suffit d’accepter pour chaque être vivant, la place qui lui revient sur la planète. C’est vrai que l’envahisseur humain doit limiter ses prétentions s’il veut survivre. Mais il a sa place comme les autres dans la longue histoire de la vie sur Terre. La seule chose qui le distingue des autres vivants, c’est le pouvoir et la connaissance. Il sait qu’il peut modifier le cours de cette longue histoire. Lourde responsabilité pour cet être supérieur. L’avenir nous dira très vite si il est à la hauteur.
Le jeune Finlandais a cru qu’il était impossible de modifier le cours des choses, cela l’a rendu fou.
François Maugis
Courrier des lecteurs
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