Di sak na pou di

Les fondamentaux

François Maugis / 21 avril 2018

(Ou, comment comprendre les grands équilibres de la vie dont nous nous sommes écartés ?)

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Il semble bien que depuis que l’humanité a quitté son berceau africain, elle se cherche un destin et qu’elle ne l’a toujours pas trouvé. Pourtant, si nous le voulions, une piste nous aiderait probablement. Nos connaissances ont en effet atteint aujourd’hui, un stade suffisant pour que, au travers des fondamentaux qui caractérisent l’évolution de la vie sur Terre, ce destin soit tout tracé.
Intéressons-nous donc à l’évolution du vivant et en particulier au mystère du passage de l’animal à l’humain. Du fait de la religion, ce sujet a toujours été traité avec des pincettes et même, bien souvent, éludé. C’est un peu comme l’histoire des plaisirs interdits. On vient enfin d’admettre que, de tout temps et chez quasiment toutes les espèces, existe bien sûr la copulation reproductive, mais également des simulations de copulation pour le simple plaisir. De la même manière, de nombreux scientifiques admettent aujourd’hui qu’il n’y a pas de différences fondamentales entre l’homme et les autres mammifères. Si, un jour, la majorité des humains admet cela, la face du monde et le destin de l’humanité en serait bouleversé.

Tout le monde admet que l’ordre et la sagesse sont deux valeurs essentielles mais qu’elles sont loin de régner au sein de notre malheureuse humanité. Et au sein du monde vivant, cela fait tache. Mon sentiment, c’est que notre longue, très longue histoire n’est pas là pour rien. Il me paraît impossible que nos gènes, nos neurones, notre métabolisme, notre cerveau reptilien (1), n’aient pas imprimé en nous un certain nombre de messages, de prédispositions, d’inclinations, au cours de cette longue histoire. Et en examinant et en comprenant cela, il n’est pas impossible que l’on puisse agir plus efficacement sur nos concitoyens. Oui, nous sommes différents des animaux et, c’est précisément cette différence qui m’intéresse.

Lorsque je parle des grands équilibres de la vie, je pense être compris. Tout le monde s’extasie devant une nature vierge, une forêt primaire, un massif montagneux, de grands espaces naturels grouillant de vie, etc. Sauf que les processus complexes qui président à cette harmonie, sont peu connus des humains. C’est cette dichotomie entre le naturel et l’humain qui semble être l’obstacle majeur à la compréhension par l’humain de ces grands équilibres qu’il admire, qu’il voudrait retrouver. En expliquant comment nous sommes passés de l’animal à l’humain, j’ai l’ambition de mieux faire comprendre ce que sont réellement les grands équilibres de la vie. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’animal (sauvage) est totalement intégré dans ce processus des grands équilibres naturels, alors que l’humain en est quasiment totalement sorti. Bien sûr, il n’est pas question de redevenir des bêtes mais en comprenant mieux ce fantastique écart entre comportement naturels et comportement humains, nous dressons devant nous une référence, un modèle à suivre, au moins dans les grandes lignes.

La construction de l’équilibre humain a commencé il y a bien longtemps. Nous avons bien évolué depuis le petit mammifère en forme de rat qui fréquentait les dinosaures il y a 240 millions d’années. C’est grâce à la disparition de ces derniers que nous avons pu sortir de nos trous, nous développer, nous épanouir. Les primates sont apparus il y a 70 millions d’années environ et les Hominiens, nos vrais ancêtres (singes sans queue et sans poils), il y a 20 millions d’années. 10 millions d’années plus tard, l’homme se tient debout et il faut attendre encore 4 millions d’années pour qu’il maîtrise le feu. Après, c’est la brasse coulée et la bataille des squelettes mais, grosso modo, l’homme était encore un animal à peu près équilibré (bien intégré dans son environnement) il y a à peu près 1 million d’années et n’a commencé (très timidement) à perturber son milieu de vie, il y a à peine 10.000 ans. Dieu ou la Nature a pris son temps pour nous construire, c’est le moins que l’on puisse dire. Et, en moins de quelques centaines d’années, nous allons détruire cette monumentale construction ?

Je crois que si on expliquait cela à nos enfants, il y a longtemps que cette prise de conscience serait intervenue. Au lieu de cela, on leur bourre la tête de choses inutiles et pendant ce temps-là, le monde, leur monde, s’écroule.
 
François-Michel Maugis – La Réunion
Économiste, écrivain et philosophe