Les interdits, etc...

24 mai 2008

« Hé, Monsieur, une p’tite cigarette, une cibiche, ça n’engage à rien. Si tu voulais, on va faire la causette, t’es gentil, t’as l’air d’un bon chien... ». Une complainte de jadis, une chanson qui nous parle d’une pauvresse sur le point de passer dans un monde dit meilleur. Elle a besoin d’une cigarette, pas d’autres choses, tels le réconfort, des patenôtres et autres débilités. Cela se passait hier, car de nos jours, elle aurait eu droit à une contravention. Parce que des personnes fragiles ont décidé qu’il fallait interdire la cigarette, des personnes aux poumons cariatés, que vont-elles faire dans les bars ? Risques de cancer, nous dit-on... Pourtant, auparavant, presque tous les citoyens fumaient beaucoup plus, certains même pendant le travail et personne n’est décédée à cause de ce fléau, ici comme ailleurs. Même à Tahiti, où il y aurait, paraît-il, 2.400 cas de cancers, mais, dans tous les cas connus, ces cancers ont fait leur apparition après les expériences de Mururoa. Il ne faut pas essayer de cacher la vérité et de nous faire « prendre des vessies pour des lanternes ». Après cet épisode, l’ancien président avait fait une loi pour aider les recherches afin de connaître les causes de ces maladies. Il était motivé sans doute par le remords. On le voit dans les revues, l’air triste, les joues creuses, les yeux enfoncés sur les profondeurs infernales. Triste fin ! Tous ces interdits qui concernent la santé, notre santé, tel le tabac ou autre substance : « le tabac tue, l’alcool est dangereux », donnent l’impression que des bonnes âmes s’intéressent à notre bien-être. Mais je n’y crois guère car si dans l’avenir, le taux de mortalité dans les hôpitaux et sur les routes risque de diminuer, une bonne affaire, c’est sûr, il y aurait autour de nous, dans notre pays, plus de dix millions de personnes condamnées à crever de faim. Les vignerons et autres planteurs de tabac seront réduits au chômage. La vie m’a appris à me méfier des bonnes âmes. D’ailleurs, vous le savez : dans le passé, l’inquisition aussi s’efforçait de sauver les croyants par la torture, le fer et le feu. Dans cette affaire, ce qu’il faut retenir, c’est que la sanction frappe tous ceux-là qui ne fument pas par plaisir, mais toujours les mêmes, toujours les plus pauvres.

Lucet Marie


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Témoignages - 82e année


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