Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
18 octobre 2007

Il est des images et caricatures sur la soi-disant inhumanité des premiers Créoles véhiculée par des cinéastes qui fabriquent notre histoire ou inventent des situations qui n’ont pas existé. Les premières années à Bourbon, ici 1663, si elles ne furent peut-être pas le paradis, n’étaient pas non plus l’enfer, loin s’en faut, et il y faisait certainement mieux vivre qu’en France. Tout d’abord, les habitants avaient l’espace et le gibier en abondance. Il leur manquait, certes, des épouses, d’où la venue de femmes malgaches, françaises, indiennes ou indo-portugaises, les unes comme les autres conservant leur patronyme. Grâce à ces épouses, une société métisse se forme à l’île Bourbon. Les femmes travaillent aux côtés des hommes pour mettre en valeur les concessions, leur forte fécondité permet d’assurer l’accroissement démographique insulaire. Pendant les premières années du peuplement, la société bourbonnaise ne connaît ni clivage ethnique, ni ostracisme social. Les quelques habitants venus de France d’origine noble se débarrassent même de leurs particules et travaillent manuellement avec les autres colons. Un espace d’égalité provisoire, certes, se met en place, mais qui prend fin avec l’apparition de l’esclavage de masse à partir de 1685, qui s’accentue avec le développement de la traite et l’introduction de la culture du café moka. Le monde créole se durcit et s’assombrit avec la société de plantation.
La traite négrière est d’une rare violence, la responsabilité de cette traite est partagée entre les peuples africains qui guerroyaient et avaient coutume de mettre en esclavage les vaincus, les marchands arabes qui convoyaient les colonies d’esclaves à travers la brousse, les négriers européens qui venaient de Métropole (des ports de Saint-Malo ou de Bordeaux) et qui sont les responsables de cette amplification de cette inhumanité, les cargaisons “d’ébènes” étaient livrées à Bourbon, chez les propriétaires qui utilisaient des “commandeurs” pour encadrer la population servile. Il s’agit donc d’une responsabilité commune, un crime contre l’humanité... C’est lors des voyages sur les bateaux de l’exil, en fond de cale, que la situation fut la plus terrible et la plus barbare, nous ne sommes alors plus au XVIIe siècle, mais au XVIIIe siècle où apparaissent les lumières... tristes lumières... Après l’abolition de l’esclavage, la situation dans les champs à La Réunion n’est pas plus dure que ceux qui, en Europe, travaillent au fond des mines... (ne parlons pas des moujiks enrôlés de force qui allèrent creuser la pierre dans les mines de sel en Sibérie), un nouveau monde est cependant... à venir (avec quelques nouvelles barbaries des deux Guerres Mondiales dont La Réunion fut, en partie, préservée).
Nous avons donc trois phases sociétales différentes, et il serait bien d’en appréhender les nuances pour ne pas entrer dans la caricature, sans occulter ce qui a été. C’est donc aux historiens de restituer les faits, de prendre du recul et de les analyser dans les contextes de chaque époque, essayer d’être juste pour mieux comprendre la société de l’époque avec ses contradictions, mais aussi ses nuances. La belle affaire...
Christian Vittori
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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