L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
28 décembre 2006

Le Colloque sur la Départementalisation et le décolonisation venait de prendre fin et je restais sur ma faim quant au contenu des débats, certes intéressants, qui ont encore une fois oublié d’aborder la question des minorités dites d’origine étrangères qui ont vécu dans les pays décolonisés.
Au début du siècle dernier, alors que l’Inde était colonisée par les Britanniques, de nombreuses familles, de crainte d’être spoliées et maltraitées, sont parties à l’aventure, cherchant désespérément des havres de paix et de sécurité dans des endroits de l’océan indien et ont fini par atterrir, aux grés des courants, des aléas climatiques, de l’hospitalité de certaines terres et de la volonté des commandants de navires.
Certaines d’entre elles ont abordé les côtes mauriciennes, réunionnaises ou malgaches et s’y sont installées à une époque où il n’y avait que des sentiers pour se déplacer et où le litre de lait coûtait 1 centime CFA .
Le problème, c’est que ces marges de l’Afrique étaient aussi colonisées par les mêmes Anglais/ Français et donc, il a fallu se soumettre comme la population autochtone avec qui ces familles étaient naturellement solidaires. D’autant que l’Inde ne pouvait nourrir ses populations expatriées et souhaitait même que ces Indiens constituent une Inde outre-mer en perdant la possibilité de revendiquer plutard la nationalité indienne .
S’agissant des Indo-pakistanais de Madagascar par exemple, ils n’étaient ni français, ni malgaches, ni même plus indiens, plutôt des indéterminés que l’administration française pouvait malmener, mais aussi ultérieurement les différents gouvernement malgaches, sachant que personne, je veux dire aucun Etat, ni le colonisateur, ni le décolonisé, ne leur reconnaissait une quelconque existence. De fait, ils n’étaient associés à rien, mais en revanche, étaient souvent mis à contribution par les uns et les autres, et surtout souvent mis au devant de la scène, ou pointés du doigt, pour servir de boucs émissaires aux malheurs des uns et des autres. On leur reconnaissait certes une certaine débrouillardise, mais pouvait-il en être autrement puisqu’ils ne comptaient que sur eux-mêmes ? C’est d’ailleurs ce sens de la débrouillardise qui était souvent mis en avant pour les traiter de fléaux économiques, les taxant de toutes les perversités, sans aucune considération pour leurs contribution à l’effort d’un pays qui ne les traitait même pas comme ses citoyens. Je dirai même que ces Indo-pakistanais produisaient souvent, en valeur absolue, plus que les meilleurs économistes nationaux pour leur propre pays. Ils étaient les victimes de prédilection des “rotakas” (émeutes) du pays. Nombre d’entre eux ont même été assassinés sommairement et continuent de l’être de nos jours.
Mais qui s’en préoccupe ? Quel est d’ailleurs le pays qui a quelque égard vis-à-vis de ses minorités ?
Pourtant, ces “Karanes” vivent en harmonie avec les populations locales, connaissant depuis des générations les us et les coutumes et les respectant, n’hésitant pas à être présents dans tous les moments de la vie. Bref, beaucoup de choses pourraient être dites sur l’hypocrisie des uns et des autres à leur égard, mais là n’est pas le propos. La question concerne ici ces petites communautés, parquées dans des métiers précis, identifiées volontairement comme non intégrables, malicieusement exploitées pour leur savoir-faire et leur pacifisme, traitées comme étrangères au regard du processus de décolonisation.
Voici un exemple pour illustrer mon propos. Durant la colonisation française, l’enfant d’origine indienne que j’étais ne pouvait accéder à l’école publique comme les autres malgaches, je me faufilais donc entre les bancs et me cachais derrière mes camarades de jeux malgaches pour assister aux cours. Mais gare si on se faisait attraper... j’en porte encore, à 53 ans, les traces des coups de bâtons du maître sur la paume de ma main.
Plus tard, il fallait avoir un visa de séjour étranger qu’il fallait payer et renouveler chaque année (alors que j’étais né sur cette terre et ne l’avais jamais quittée !). Les Malgaches qui partaient de leur pays devenaient français ou anglais ou allemand, et redevenaient malgaches à leur retour s’il voulaient.
Moi, né au pays souvent avant d’autres malgaches qui se disent propriétaires de cette terre rouge et sacrée, je devais expliquer que je n’appartenais pas à une quelconque tribut, que je parlais très bien français parce que j’avais été colonisé comme eux et que je parlais malgache comme eux parce que j’étais un “zanatany” (un fils du pays). Mais non, j’étais un “karane”... Mais je ne pouvais ni être citoyen français, ni être citoyen malgache . La France a d’ailleurs rapidement abrogé les textes qui permettaient d’acquérir, pour les personnes nées sur un “territoire français” la nationalité française .
Malicieusement, je suis même allé voir l’Ambassade d’Angleterre pour faire valoir que ma grand-mère avait voyagé avec un passeport britannique, on m’avait rétorqué à l’époque qu’il y avait en Angleterre 5 types de nationalité britannique, et que celle de ma grand-mère n’existait même plus. Je pouvais donc aller me faire voir .
Quant à mon père, qui avait bénéficié du passeport indien d’après 1947, il a fallu l’intervention du père d’un jeune hindou, à qui je donnais des cours et qui m’appréciait, auprès de l’Ambassade de l’Inde à Tananarive pour qu’il réintègre sa nationalité d’origine. Le paradoxe, c’est que là aussi, l’Inde ne considère pas forcément le fils d’un citoyen indien comme un indien !
Le côté positif de cette déstabilisation permanente de notre vie, c’est que nous avons conservé toutes nos cultures, aussi bien celles des ancêtres qui est intacte que celles qui ont été acquises au fur et mesure des péripéties de la vie. C’est tellement vrai que même les Indiens de l’Inde reconnaissent, lorsque nous allons à Bombay par exemple ou dans le Gujarate, que nous nous exprimons mieux qu’eux en Gujratti. Vous rendez-vous compte ? Un Indien né à Madagascar, “zanatany” malgache, qui va à Bombay et qui se rend compte qu’il parle mieux que les gens de Bombay parce que ses parents lui ont transmis un patrimoine linguistique parfaitement maîtrisé. Le même qui gagne une excellente note en langue malgache au BAC et qui obtient sans difficulté ses diplômes en lettres françaises ?
Au-delà de ces facultés d’adaptations, il faut aussi parler du savoir-faire qu’on a gardé dans ses veines, des valeurs et de la mémoire héritée.
Evidemment, sous ce ton badin, se cachent de nombreuses souffrances et de nombreuses frustrations dues à de multiples injustices tant en termes d’intégrations, qu’en termes de nationalité non attribuée, de séjours non accordés, de mauvais accueil, de discriminations au travail, au logement, bref à l’égalité de traitement. Cela se voit d’ailleurs à La Réunion où, à compétence supérieure, on est souvent moins bien traité que d’autres. C’est normal, c’est déjà une chance qu’on ait pu se faire remarquer. Il faut espérer que cela change et que les experts abordent aussi ces sujets pour être complets.
Les personnes qui ont été colonisées ont souffert, les minorités ont souffert comme elles et avec elles. Il reste un long chemin à parcourir avant que la personne humaine soit reconnue dans sa dignité, même chez nous. Il serait temps qu’une démystification des ethnies s’opère et que le droit, pour ne pas dire l’égalité de traitement devant les obligations et devant les droits qui découle d’un principe républicain, soit respectée .
Zakir Houssen, Le Port
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
Mi koné pa kossa zot i panss kan zot lé an parmi. Mi oi bien zot i rogard lé z ‘inn épi lé zot. Mi oi bien tazantan sa i di azot kékshoz. Tète-la (…)
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