Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
21 août 2007

Il y a des gens qui nous veulent du bien. Ils sont là, depuis plus de 20 ans : ils appliquent leur recette, imposent leur point de vue, flexibilisent, privatisent, déréglementent, précarisent, concentrent, fusionnent et s’engraissent jusqu’à la folie des profits que leur procure l’exclusion d’autres hommes. Ils se situent toujours à l’étage au-dessus et ils écrasent, de leur morgue, ceux du rez-de-chaussée. On les appelle les oligarques ! Ils détestent le peuple, la république, la démocratie... Ils n’ont à la bouche que le mot réforme, mais ils ne réforment jamais pour remettre en cause leurs pouvoirs, leurs avantages, leurs privilèges, mais seulement pour démanteler le système de protection sociale, faire disparaître le fameux modèle social français et transformer l’Etat-Providence en Etat-Pénitence.
De plus, ils nous font croire que le monde est ainsi, que c’est l’ordre des choses et que nous devons nous faire une raison de la déraison en acceptant l’inacceptable, en supportant l’insupportable. Ce sont les mêmes qui nous disent que la concurrence doit être libre et non faussée et que cette concurrence, cette liberté des prix profitent aux consommateurs. Or, que voyons-nous ? Les prix flambent. Le pouvoir d’achat diminue. Les salaires stagnent, la population ne parvient plus à faire face à ses besoins fondamentaux ; les associations de consommateurs n’arrêtent pas de tirer la sonnette d’alarme et Madame Aude Palant-Vergoz s’échine à réclamer une liberté des prix surveillée, contrôlée, alors que les décideurs, eux, se bouchent les oreilles, s’enferment dans le mutisme, pour ne pas dire dans l’indifférence, et nous laissent crier...
Ces oligarques n’hésitent pas à clamer sur tous les toits que nos difficultés proviennent du fait que le coût du travail est beaucoup trop élevé, tandis que les salariés, leurs syndicats et l’ensemble des gens précarisés ne cessent de répliquer que c’est l’usure du pouvoir d’achat qui contribue à casser la dynamique de la croissance ; aggravé en cela par le fait que les grands patrons, parachutés à la tête d’empires créés par les autres, se distribuent en circuit fermé les richesses générées par ceux-là mêmes qui sont exclus du banquet...
Ces “personnes qui ne se trompent jamais” et qui nous veulent que du bien affirment que les smicards, les chômeurs, les érémistes et autres allocataires de minima sociaux vivent au-dessus des moyens de la France !!! Nous savons que l’accélération technique et la mondialisation de l’économie conduisent à un accroissement sans précédent de la richesse collective... Alors, comment expliquer que ce phénomène s’accompagne partout d’une augmentation du chômage, de l’exclusion et de la précarité ? Ce qui est anormal, pour ne pas dire paradoxal. Il est vrai que la situation du chômage a servi et sert encore de prétexte pour aller toujours plus loin dans la remise en cause des salaires, de l’emploi et de la protection sociale.
Ces oligarques se font les thuriféraires du néolibéralisme. Néolibéralisme qui substitue aux notions d’équité et de justice sociale, celles de liberté économique et de responsabilité individuelle. Selon ce système, l’accumulation de richesses est la récompense du mérite individuel, et la pauvreté, le résultat de faiblesses personnelles. A partir de là, on comprend mieux le véritable Munich-social qu’ils opèrent sur le peuple en matière de flexibilité d’emploi, de réduction du coût du travail, de baisse des impôts, de privatisation des services publics, d’individualisation des retraites, de transfert de cotisations sociales sur les ménages, d’exonération de charges sociales aux employeurs, du traitement sécuritaire de l’exclusion et j’en passe... Les attaques contre l’assurance chômage, contre les minima sociaux, le refus d’augmenter le SMIC visent en fait à priver les travailleurs de tout filet de sécurité et les contraindre à accepter, sans rechigner, les conditions de travail dégradées au plus bas prix pour les maintenir dans des situations de pauvreté et de marginalisation sociale. Cela est inacceptable dans ce contexte d’expansion économique.
Aussi, devant tant d’injustices et d’inégalités, quelques rares moutons noirs comme moi sortent du troupeau bêlant, s’épuisent à faire prendre conscience à ses concitoyens de l’impérieuse nécessité de se mobiliser et d’agir parce que dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, la résignation ou le fatalisme est mortel.
J’en appelle donc à la sagesse et à la raison, à un sursaut de dignité pour mettre un terme aux détournements de richesses qui appauvrissent le pays et la population par les confiscations douteuses et scandaleuses de plus- values, par les partages iniques des fruits du travail, par les gaspillages au profit des seuls lobbies. En effet, jamais les profits des grandes entreprises n’ont été aussi impressionnants, les rémunérations des grands patrons aussi juteuses, les dividendes des actionnaires aussi rondouillards, les richesses accumulées, par ce petit monde, aussi spectaculaires. Mais, jamais aussi, l’échec moral et social n’a été aussi évident. Quel élu, quel dirigeant est prêt, aujourd’hui, à sacrifier son ambition à la cause collective qu’il est censé servir ?
Pour changer cet état de choses, il nous faudra notre nuit du 4 août. En sommes-nous prêts ?
Pour le Collectif de Lutte Contre L’exclusion (CLE)
Jean-Pierre Técher
Courrier des lecteurs
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