Di sak na pou di

Les progrès des neurosciences nous obligent à porter un nouveau regard sur l’accueil du bébé, l’accompagnement des jeunes parents, notre mode de vie ; de mettre à plat notre culture autour de la santé

Courrier des lecteurs de Témoignages / 5 décembre 2018

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Des chercheurs fondent beaucoup d’espoirs dans le programme de recherche « Humain Brain Project » entrepris entre l’Allemagne et le Canada. Vient d’être publié le premier « Atlas du cerveau de la souris » entièrement numérisé en 3 D, modélisé grâce à un super-ordinateur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), (voir la Revue « Sciences & vie », n° 1215, décembre 2018). Ce nouvel outil permettrait « de parcourir avec une grande facilité des zones du cerveau du rongeur jusque là inexplorées ». Cette prouesse technologique fait germer l’espoir auprès de certains chercheurs de fournir de précieuses indications sur son fonctionnement chez l’humain. Elle serait supposée pouvoir parcourir 737 régions cérébrales. Les chercheurs pensent qu’ils pourraient ainsi consulter la teneur des cellules qu’elles contiennent en les différenciant selon leurs types (neurones et gliales, etc.). « Cette technologie fournirait une information manquante et indispensable pour donner aux chercheurs la possibilité de comprendre la structure ainsi que la fonction des différentes régions du cerveau ; enfin de les classer afin de mieux les étudier ». C’est un excellent moyen d’enseignement ajoute un chercheur sur ce programme : « Vous pouvez choisir d’afficher uniquement les régions qui vous intéressent et les parcourir jusqu’à l’échelle des cellules individuelles, qui sont codées par couleur en fonction du type de morphologie. »

Je ne sais comment réagirait le Professeur Henri Laborit, qui aura écrit un article qui nous semble d’une éclatante réalité, « Est-il possible de pratiquer la médecine aujourd’hui ? », Cahiers de bioéthique, n° 1, Presses de l’université Laval à Montréal, (1979), dans lequel il soutient qu’il ne suffit pas d’explorer l’organisme dans toute sa complexité structurelle, mais qu’ il faudrait aussi replacer ces connaissances dans le contexte de la vie de la personne étudiée donc aussi en fonction de son histoire…

En miroir de l’espoir qui anime les chercheurs sur la visualisation du cerveau en 3 D, on ne peut pas ne pas penser à celui qu’avait suscité le projet du séquençage complet du génome humain dans les années 2000 alors que de nos jours les scientifiques se posent la question : « Mais combien avons-nous de gènes 20 000, 40 000 ou 100 000 ? », voir l’article de Jean-Baptiste Veyrieras (toujours dans Sciences & Vie, n° 1215, décembre 2018). Et nous savons que les gènes non codants furent associés à l’image de « poubelle » ce qui fait dire à une chercheuse du NCBI (National Center for Biotechnology Information - USA), Kim Pruitt que « les gènes codants ne suffisent pas, à ce jour, pour comprendre la biologie du génome humain ».

Notre équipe suggère des réunir des experts, ici sur l’île de La Réunion, et des personnes qui adopteraient le statut de personne « naïve » animée d’ un œil « candide » pour réfléchir sur notre culture qui génère la santé. L’objectif serait d’imaginer des alternatives basées sur des présupposés humains susceptibles d’engendrer des conséquences favorables à la santé. La démarche évaluative devrait être intégrée, de ce fait les caractéristiques de scientificité apparaîtraient (ou non !) a postériori.

Nous nous permettons une première suggestion. Selon une démarche « parallèle » à l’approche « technologique » évoquée au-dessus, notre équipe du CEVOI s’inscrirait dans le droit fil de la dimension épigénétique. Celle-ci consiste à tenir compte de la plasticité du génome et de son adaptabilité, offrant la possibilité à de jeunes parents d’élever leur enfant en vérifiant par eux-mêmes le résultat de leur propre perception. Cela concernerait le développement de leur enfant à l’appétence du plaisir d’agir, de vivre dans un contexte familial sécurisant, d’ explorer leur environnement, du plaisir à vérifier ce que nous appelons des hypothèses… Une sensibilisation serait préalablement apportée par les sages-femmes avant l’accouchement épaulées par notre équipe, avant la phase d’expérimentation. Notre équipe plaide la cause de la mise en place de réseaux de parents relais et citoyens pour poursuivre les premières sensibilisations promues par les sages-femmes et pour renforcer le tissu social autour de deux valeurs et enjeux : la santé et l’éducation qui fondent notre civilisation.

À la croyance dans les exploits technologiques supposés générer des progrès en termes de diagnostic médical et de santé, nous présentons en parallèle une autre stratégie, celle d’offrir aux parents la démarche impliquante de les considérer comme acteurs en pleine conscience de l’enjeu promotion de la santé de leur enfant.

De pragmatique (celui qui croit en la valeur pratique), le jeune parent de 2019 deviendrait un proto-chercheur fort d’une démarche empirique (qui se pose des questions) animé d’un esprit disponible, réceptif et ouvert à ce que lui renvoie son enfant comme confirmation ou non des hypothèses. Celles-ci seraient formulées à propos d’une réflexion fondamentale abordée préalablement avec les sages-femmes et suscitée chez les parents en cours de progression émergente par l’enfant. Ce processus de découverte réciproque entre le(s) parent(s) et l’enfant, l’enfant et ses parents, illustrerait celui qui gouverne l’individuation et qui se traduit régulièrement par : « Soudain je me rends compte de ».

CEVOI (Centre d’Études du vivant de l’Océan Indien)