Di sak na pou di

Lettre ouverte de personnels de l’Ecole supérieure d’art de La Réunion

Courrier des lecteurs de Témoignages / 15 juin 2018

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Suite aux deux derniers communiqués de presse du syndicat FSU de l’ESA-Réunion, nous, enseignants, personnel administratif et technique, souhaitons ici apporter notre point de vue sur la situation de notre établissement. Nous avons longtemps gardé le silence, nous avons longtemps hésité à prendre part à cette lutte « syndicale » engagée par la FSU, par voie de presse, qui propage, encore une fois, une image désastreuse de notre école, qui entache le travail heureux, engagé, passionné que nous menons depuis de longues années et surtout qui décrédibilise la formation de nos anciens étudiants récemment diplômés et de ceux qui passent en ce moment même leur examen.

Nous avons gardé le silence parce que nous nous devions d’abord de protéger nos étudiants et de leur permettre, quelque soient les difficultés vécues par l’établissement, de parcourir le plus sereinement possible leur formation et ainsi, construire leur avenir sans se laisser perturber démesurément par des conflits internes impulsés par une petite minorité (La FSU représente actuellement combien de personnes dans notre école et parle au nom de qui ?). Bien qu’elles nous aient souvent visés et fragilisés dans nos missions respectives, les positions de ce syndicat ne nous ont donc jamais concernés. Elles nous semblent tout simplement très éloignées des réels enjeux d’une école d’art, des réelles difficultés qu’affrontent aujourd’hui toutes les écoles d’art de France, des ambitions et devenirs de nos étudiants, citoyens et futurs créateurs du monde à venir. Elles nous semblent aussi ignorer totalement la précarité de la majorité des enseignants qui, à ce jours, ont les postes les plus fragiles de l’école et sont en sous effectifs. Comment un syndicat peut-il soutenir durant des années des inégalités salariales mettant en danger l’équilibre de l’école et s’inquiéter à la fois, de la gestion du budget et de l’avenir des étudiants (tandis que l’école fait aujourd’hui face à des baisses de subventions importantes) ? Comment peut-il dans le même temps pointer du doigt dans ses missives les postes enseignants les plus précaires ? Quelle est donc l’ambition de cette lutte absurde ? Doit-on rappeler que l’enseignement reste la mission principale d’une école ?

A travers ces positions aberrantes, nous sommes constamment attaqués et fragilisés alors même que nous tentons, chaque jour, malgré le manque de moyens et les coupes budgétaires que connaissent toutes les institutions culturelles aujourd’hui, de maintenir tant bien que mal un programme pédagogique riche et diversifié, d’insuffler passion, curiosité et capacité d’analyse à nos étudiants et enfin de partager ce goût qui nous réunit tous ici, dans cette école, pour la création. Afin de délivrer une formation de qualité et d’offrir une expérience professionnelle, des débouchés à nos étudiants, nous travaillons effectivement avec bon nombre de partenaires du milieu culturel du territoire, qui sont à même d’intervenir régulièrement dans notre établissement. Ils participent à soutenir étudiants et anciens étudiants dans leur parcours professionnel (résidence de création, exposition, commissariat, médiation culturelle etc). Nous mutualisons les projets, profitons de leurs expertises et de leurs excellentes programmations en terme de création contemporaine.

Il faut vraiment ignorer l’économie de notre secteur pour y voir conflit d’intérêt et complot. Si nous faisons entendre notre voix aujourd’hui c’est parce que nous nous refusons à accepter encore une fois que soient tenus sur notre établissement des propos qui relèvent de l’imposture, de la guerre de pouvoir et surtout d’un mépris total pour les fondements et les missions d’une école d’art. Face à ces dérives délétères, nous appelons à un peu de hauteur et souhaitons que notre établissement, qui actuellement retrouve enfin un soupçon d’équilibre après tant de remous et de mutations, soit accompagné dans son rayonnement. Nous tenons à remercier les partenaires, les mécènes et les financeurs, la Région Réunion, la Mairie du Port, la DAC-Oi et le Département pour leur soutien que nous espérons pérenne pour pouvoir continuer à mener à bien notre mission.

Des membres du personnel administratif, enseignant et technique,
et les syndicats CFTC, CGTR-educaction