Di sak na pou di

« Liberer votre cerveau ! », d’Idriss Aberkane

Frédéric Paulus / 10 octobre 2016

On ne peut pas reprocher à Idriss Aberkane, (le privilège de l’âge), auteur d’un ouvrage qui avance courageusement un programme qui évoque un travail de Titans, d’avoir oublié les nombreux auteurs qui furent confrontés à la même ambition. Pour un rappel non exhaustif : Le contemporain de Freud, Wilhelm Reich (influencé par Karl Marx) qui décrit « la carapace musculo-caractérielle », elle illustre l’emprise culturelle qui modifie la physiologie en de nombreuses biopathies. Le « complexe d’infériorité » d’Alfred Adler qui fait de ce complexe l’organisateur du psychisme du fait du handicap dont soufre l’enfant d’avoir subit une éducation dans un contexte d’inégalité vis-à-vis des adultes qui le dominent en rétrécissant sa psychologie, et l’on pensera à Alice Miller qui critique la culture allemande dans ses livres « L’enfant sous terreur » et « C’est pour ton bien ». Les travaux de Gérard Mendel qui visaient à « Décoloniser l’enfant ». Les travaux de David Cooper qui dénonçait la famille lorsque celle-ci dysfonctionne, dans un ouvrage « Mort de la famille » qui provoqua la stupéfaction. Dois-je aussi rappeler, établi à La Réunion depuis peu, qu’il y eut une campagne d’affiches dont le slogan phare fut : « La famille on n’a pas trouvé mieux ! ». Je n’ai pas dû me faire que des amis lorsque j’ai dû dire qu’on ne changeait pas la société avec des affiches. S’aliéner des sympathies potentiellement coopérantes, c’est très facile sur une île.

Merci Idriss Abderkane pour votre livre. Il pointe le non engagement des scientifiques qui découvrent des réalités potentiellement porteuses de bonheur ou tout au moins de joie, mais qui restent trop souvent consignées dans des revues connues que par les initiés.

Si l’auteur cite Francisco Varela, que nous avons comme référence commune, il semble ne pas connaître le Professeur Henri Laborit qui consacrait chaque année plusieurs semaines à diffuser gracieusement ses travaux. On connaît également, le film « Mon oncle d’Amérique » d’Alain Resnais qui contribua à faire connaître au grand public les conséquences de l’inhibition de l’action sur l’organisme humain. Ce film se termine sur l’image de ruines causées par la seconde guerre mondiale avec les commentaires du Professeur : « Tant qu’on aura pas enseigné aux hommes de la planète, comment fonctionne leur cerveau et comment ils l’utilisent, toujours pour dominer l’autre, il y a peu de chance que quelque chose ne change ». Vous êtes, Idriss Aberkane, sur la voie ouverte par Henri Laborit. Le chemin est long, enthousiasment.

Ces vingt années écoulées ont fourni bon nombre de preuves irréfutables de ce que l’on pourrait appeler de nos jours les potentialités intelligentes innées des bébés. Les explorations scientifiques dès la période fœtale (voir ci-dessous [1]) sont également venues renforcer l’idée selon laquelle l’évolution de la vie, en donnant notre forme humaine actuelle, a organisé la complexité du corps humain suivant une logique qu’on pourrait qualifier de « potentiellement intelligente ». Aucune prouesse humaine n’est capable de reproduire ce que la vie a sélectionné au fil des siècles, c’est « l’intelligence de la nature ». Le bébé est intelligent socialement dès qu’il ouvre ses yeux. Il faut que cela se sache pour éviter d’incroyables gâchis. L’école instruit l’enfant, (sans le recours aux notes !), la cour de récréation le socialise, l’intelligence : elle est déjà là. Nous sommes d’accord !

Frédéric Paulus
CEVOI

[1Voir « Les bébés ont une histoire », sur France Télévision et Planète