Libertali Térature

18 janvier 2007

Chante pour ton île... La poésie ici à trois siècles d’histoire, chronologie bien modeste face aux millénaires qui nous ont précédés.
Elle est donc écrasée par le gigantisme et parfois le fanatisme de la grande histoire. Ici, la majesté des sites est telle que l’insulaire épris de poésie, comme le souligne au feutre fluorescent Boris Gamaleya, est pris de vertige qu’il dénomme l’effet Tao.
Le poète, même s’il a grand cœur, se retrouve démuni et infiniment petit face à son mystère, face à la grandeur des grands monts, à l’immensité de l’océan, au feu jaillissant des entrailles de la Fournaise et qui, aujourd’hui, se parachève par la chute de la neige immaculée, neige qui émerveille les enfants que nous sommes.
Aussi, il est une caricature de notre histoire locale que nous devons ardemment combattre, bien que pacifiquement, c’est de croire que nous n’aurions eu dans le pays que deux époques d’expression poétique, celle des élégiaques un peu benêts, à laquelle se seraient succédé certains contemporains qui, seuls, joueraient canette avec l’esprit.
Tout cela n’est pas possible, car, dans l’île, dix mille ans de poésie nous précèdent.
De génération en génération, une pluralité de voix teintées de multiples nuances ont apporté leur écho sonnant et parfois trébuchant.
Du libertinage d’Antoine de Bertin dans sa caserne de Bourgogne à la souffrance du poignant mutilé de Dayot, de la béatitude d’Anne-Mary de Gaudin de Lagrange qui fit office de muse à Tagore à l’envol de Lady Sterne au Grand Sud, nous assistons à la rébellion de Pouchkine face à l’indélicate princesse. La poésie du grand Sud coule et roucoule dans les larmes resplendissantes du granit rose en fusion d’un volcan “rédempté”, libéré, pacifié. Tout devient alors possible.
Et nous voilà tous ensemble enfourchant le méhari du désert dans les cavalcades des métaphores.
La poésie ne s’érige pas, sinon elle s’évapore. Elle est lucidité absolue lorsqu’elle rencontre l’amante et entend la chaude voix des îles de la lune...
Je serais donc peut-être sauvé ? car j’aime le manioc.

Christian Vittori


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Témoignages - 82e année


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