Di sak na pou di

Linéaire, binaire ou divers ?

François Maugis / 22 octobre 2018

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L’humanité, la société des humains est-elle linéaire, binaire ou diverse ? Question anodine en apparence mais question fondamentale pour comprendre où nous allons. Parce que, d’où nous venons, nous le savons à peu près mais où nous allons, là est la question du siècle, là est peut-être le tournant de notre destinée. Ce n’est pas rien.

Et tout d’abord, pourquoi cette question ? Tout simplement parce que nous venons de découvrir que le monde, la nature, l’univers qui nous entoure n’est ni linéaire ni binaire. Ce qui est amusant c’est qu’on nous rebat les oreilles depuis quelques années avec la préservation de la biodiversité, maillon essentiel des grands équilibres de la vie, mais que l’on ne s’est jamais posé la question de notre propre diversité. À l’origine, nous faisions partie de la nature. Cette diversité était à la fois autour de nous et en nous. Comment peut-on être un animal sauvage et ne pas obéir à son instinct naturel ? Et puis nous avons évolué. Animal sauvage, certes, mais fragile et vulnérable, nous avons rompu avec ces équilibres qui ne nous paraissaient pas favorables (amusant également ce parallèle avec le mythe religieux du paradis et de l’enfer). Nous avons rompu avec l’instinct, nous avons construit autre chose.

Comme tous les être vulnérables et fragiles, nous avons élaboré des stratégies, d’abord pour échapper au danger puis, peu à peu pour l’affronter, le contrer, le dominer, l’écraser. Ce fut la première étape de l’émancipation de l’animal et de la création de l’humain. Ce fut assez long pour atteindre le stade actuel mais la construction de ce monde et de ce nouvel environnement essentiellement humain, fut constante. Tout s’est passé comme si nous voulions fuir et quitter définitivement notre berceau naturel. Alors, nous avons créé notre monde dont les lois n’ont plus rien de commun avec le monde de nos origines. Cela est allé très loin puisque la cassure avec le monde ancien fut rapidement définitive.

Allez dire aujourd’hui à un humain qu’il est animal. C’est devenu tellement absurde que plus personne n’ose même y penser. OK, nous avons créé notre propre monde, le monde des humains. On a vu et on a compris pourquoi. Mais, dominer l’ancien monde est une chose, le comparer au nouveau est autre chose. L’ayant quitté, nous l’avons mentalement écrasé, extirpé de nos préoccupations. Alors, pourquoi, tout à coup s’y intéresser pour autre chose que ce qu’il est, un simple espace de loisir à notre entière merci ? Là est toute l’erreur. Ce monde naturel méprisé, banni, écrasé, devient tout à coup, dans l’esprit d’un grand nombre d’observateurs scientifiques, la référence. Nous avons joué avec le feu, et nous nous sommes brûlé. Et pas uniquement à cause du réchauffement climatique.

À cette prodigieuse et mystérieuse diversité naturelle, nous avons opposé une vision bien appauvrie du monde. Je dirais, une vision linéaire et binaire très monolithique. Et ce manque de diversité, d’imagination (rappelez-vous le slogan de 1968) est en train de signer notre arrêt de mort si nous ne changeons pas, si nous ne nous enrichissons pas de cette subtile diversité et richesse de la nature, de ses interactions, de ses associations multiples, de cette grande liberté, de cette prodigieuse diversité. Oui, le monde des humains est peut-être clinquant, mais ce n’est qu’une brillance de façade, artificielle, fragile et même autodestructrice. Notre modèle totalement inféodé à une seule matrice, celle du rapport financier exclusif que nous entretenons au détriment de quasiment tout le reste, est un piège mortel dont l’humanité aura bien du mal à se sortir. Certains esprits éclairés nous parlent de changement de paradigme. Oui, on en parle mais a-t-on compris de quoi il s’agit et, surtout, est-il encore possible, si oui, quand passerons-nous des paroles aux actes ?

P.J : dessin.

François-Michel Maugis
Économiste, écrivain et philosophe



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Messages






  • Cher François l’institutionnalisation imaginaire de la société (en référence à Cornelius Castoriadis ) s’est construite dans la négation de nos origines animales avec les religions qui ne l’entendent pas de cette façon et des sciences en lambeaux, dramatiquement disjointes . Lorsque les notables des religions auront compris qu’ils maintiennent des divisions stériles et mortifères entre les croyants et que les scientifiques regrouperont leurs savoirs dans des synthèses accessibles au grand public (ce qui fut entrepris par Henri Laborit et continue à se faire notamment avec Antonio Damasio ) nous aurons franchis un pas pour mieux se connaître et mieux gérer les vies que nous engendrons. Nous devrions rester optimistes quant à l’avenir. Ensuite il nous faudra diffuser ce savoir au-delà des frontières mentales et géographiques.

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