Di sak na pou di

Lire Leconte de Lisle

Georges Benne / 9 octobre 2018

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Oui, c’est le moment : Charles, Marie, René Leconte de Lisle est né le 22 octobre 1818, il y aura deux cents ans dans quelques jours. Et j’ai repris l’un de ses poèmes, le plus connu peut-être et sans doute le plus cité par les Réunionnais, Le Manchy. Seulement, je l’ai relu à fond, de tout mon cœur, pour le dire à haute voix - car les beaux textes sont faits pour être dits – en pensant à ce qu’écrivait le père Jean Cardonnel le 2 mai 2002, la veille de l’élection présidentielle, et qui est encore plus vrai aujourd’hui :

« Il est visible, sensible, palpable que l’on ne sait pas lire, donner corps, vie à un texte. Mais le plus grave vient de ce qu’une foule de gens savent tellement lire qu’ils n’apprennent plus jamais à lire. Or si je n’apprends pas à lire avec chacune des œuvres qui se déroulent sous mes yeux, comment voulez-vous que je goûte le millionième des plaisirs fous de la lecture ? A la vérité, notre monde n’apprend ni à lire, ni à écrire, ni à parler. Il n’est appris de la lecture et de l’écriture que ce qu’il faut en savoir pour compter, pour calculer »

J’ai pu ainsi découvrir dans Le Manchy mille richesses, pour moi jusque là insoupçonnées. Avec cette plongée dans le passé de mon île, qui s’appelait l’île Bourbon, au temps où le manchy était un moyen de transport, j’ai pu revoir la ville de Saint-Paul d’alors, avec ses paysages, la mer, les plantes, les habitants … J’ai suivi le cortège des deux porteurs hindous dont le pas cadencé est admirablement traduit par le rythme des vers ; j’ai partagé l’émotion du poète quand il rend hommage à celle qui fut sans doute son premier amour et dont il a gardé à jamais le souvenir.

Georges Benne