Di sak na pou di

Loin des yeux, loin du cœur

François Maugis / 29 octobre 2018

(Bravo Monsieur Ary Yee Chong Tchi Kan pour votre courrier du 27 octobre sur la légitimité démocratique)

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Comme Madagascar, le Vietnam, l’Algérie, et j’en passe, je savais que La Réunion, possession française, a été une terre de souffrance et d’injustice. Il faut croire que : « loin des yeux, loin du cœur ». Les idées généreuses de la révolution de 1789, se sont rapidement estompées, sur le continent, bien-sûr, mais surtout dans ces pays lointains où les aristocrates revanchards ont eu (presque) toute latitude pour dominer la populace de leur profond mépris. Il y eut l’esclavage (inconnu en Europe) puis un esclavage déguisé (l’engagisme).

Même la seconde guerre mondiale qui aurait pu être une occasion de resserrer les liens de la nation, de faire régner enfin plus de justice sociale, de liberté, d’égalité et de fraternité, n’a pas été un évènement assez fort pour lutter efficacement contre ce mépris. On oublie. Oui, on oublie. Est-ce mieux ainsi ?

Pas si sûr. Lorsque l’on assiste impuissant aux dérives du monde économique qui continue de privilégier « les affaires » au détriment de l’humain et de la cohésion sociale (et aujourd’hui sur toute la planète), on peut se poser la question. Sont-ce des robots, ces humains à la tête des puissantes structures internationales ? Des robots obéissants (ou victime) aux règles d’un système qui continue d’écraser la populace ? Que va décider le juge du futur Nuremberg de l’apocalypse que ce système nous prépare ?

Oui, le rendement du capital est devenu une règle qui supplante quasiment toute morale, toute justice sociale, toute liberté, toute égalité, toute fraternité. Et ce système qui nous fait tant souffrir, nous l’acceptons. 50 % de la population mondiale l’accepte, en tout cas. Quant à l’autre moitié, elle n’a pas son mot à dire. Contrainte et forcée, elle subit. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur le mode de fonctionnement de l’ONU, l’organisme chargé de préserver un minimum d’ordre sur notre planète et d’éviter une troisième guerre mondiale. Ce sont les nantis qui font la loi, qui ont le droit de véto. On continue donc de mépriser la populace. Vous avez raison, Monsieur Yee Chong Tchi Kan. Après 73 ans d’errance, le mépris, ce détonateur social, existe toujours.

François Maugis
Économiste, écrivain et philosophe



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  • Merci François Maugis. Nous allons tous et toutes mourrir si nous ne transmettons pas les éléments réflexives aux générations en quêtes de statut et de sens . Il existe bien un continium historique qui fonde nos relations humaines. Il n’y aurait jamais eu de 19 mars 1946 sans le 21 octobre 1945 qui a vu l’élection des 2 candidats du CRADS, Raymond Vergès et Léon de Lépervenche. La suite est connue : le ministre socialiste Moutet refuse d’appliquer la loi du 19 mars 1946 qui relève du choix des Réunionnais et Réunionnaises d’octobre 45, comme celui des Antillais et Guyanais. Ainsi, les gouvernements français successifs naviguent sans boussole entre les indépendances qu’ils combattent par les armes et l’égalité démocratiquement exprimée. L’expression démocratique du vote de nos ainé-e-s en 1945 a été bafouée. C’était leur manière de sortir de 3 siècles d’abomination et de domination. Rappelons-nous les propos de Césaire. C’était donc un acte d’émancipation. Pour les femmes, c’était l’expression d’une double émancipation car elle votait pour la première fois à une législative. Dans une ultime tentative de freiner cette émancipation, 73 ans après, Paris a été érigé par le Président de la République en Capitale de "l’archipel France" ! On n’arrête pas l’imaginaire coloniale. Personne à Paris ne pourra biaiser, empêcher le besoin de responsabilité, voire de souveraineté, des peuples colonisés.

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