M. le Préfet, merci ! Vous avez raison !

9 décembre 2006

« Après trois mois d’entrée en fonction à La Réunion, je me demande si certains acteurs ont vraiment envie de s’ouvrir à d’autres marchés que celui du tourisme affinitaire avec la Métropole, somme toute confortable ». Cette phrase, du plus haut représentant de l’Etat français à La Réunion, témoigne d’un constat, d’une réalité, d’un fait objectif : les acteurs du tourisme à La Réunion sont en premier responsables de la situation de mono-marché touristique, outre la problématique des visas qui peut se résoudre si, à La Réunion, nous parlons d’une seule et même voix auprès du Ministère de l’Intérieur. Ces acteurs en nombre dispersé, de manière diffuse, en premier lieu le CTR, n’arrivent pas à mettre en place une véritable politique touristique internationale pour La Réunion (la transformation du CTR en un super "ministère" réunionnais du tourisme regroupant les moyens et les acteurs est une nécessité). Ce secteur économique stratégique pour La Réunion ne vit presque exclusivement que par une seule provenance : la France métropolitaine. Le moindre problème (aérien, sanitaire...) et tout s’écroule. Tandis que nos voisins mauriciens, eux, ont su dès les années 70-80 prospecter, négocier et diversifier leurs arrivées touristiques par une politique cohérente menée par un Ministre du Tourisme ou un Ministre des Affaires étrangères (pour exemple, le rôle de VRP exercé par feu Sir Gaetan Duval dans le monde entier). Le résultat ont le voit aujourd’hui : plus de 60.000 touristes sud-africains (2006) viennent en vacances à Maurice (moins de 1.000 à La Réunion) de même que pour les Indiens, Chinois, Emiratis, Saoudiens, Qataris, Australiens avec leurs propres compagnies aériennes... Et lorsque l’on ose timidement s’ouvrir à des pays comme l’Afrique du Sud ou les Emirats Arabes Unis, certains de nos responsables, trop frileux (heureusement pas tous), déclarent : « Nous ne sommes pas à la hauteur, occupons nous d’abord de ce que nous avons entamé avec Madagascar, Maurice, les Comores », c’est-à-dire, et je suis réaliste : de la coopération parfois humanitaire qui, malheureusement, n’est bien souvent pas "gagnant-gagnant". Est-ce un problème de culture ? d’ouverture vers ces pays ? Oui ! Le CTR a beau faire des études, mener des campagnes de promotion... à Paris, faire venir des journalistes belges, allemands, italiens... toujours en Europe. Tant que l’on insufflera pas au niveau du CTR (ou d’un autre organisme) une véritable culture d’ouverture de La Réunion à l’internationale, hôteliers, fermez vos portes, pliez bagages. La Réunion a besoin de véritables VRP de leur territoire auprès des décideurs de ces pays émergents, 80% du budget de promotion de cet organisme doit être affecté à une diversification de nos arrivées de touristes en provenance des pays émergents, il n’y en a pas 50, ils représentent une richesse pour La Réunion en raison de leur proximité géographique (Afrique du Sud, Inde, Chine, Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Qatar, Sultanat d’Oman, Australie. C’est le début, l’émergence de ces flux touristiques entraînera bon gré mal gré un apport d’investissement direct étranger dont La Réunion a besoin pour son développement (l’Europe et la France ne seront plus dans les années à venir capables de maintenir le niveau actuel de transferts publics). De toute façon, le tourisme affinitaire avec la France existera toujours, nous sommes français non ? Mais je crains, M. Le Préfet, que nous ayons un gros problème de mentalité à La Réunion : nous sommes parfois (dans notre tête) des complexés du colonialisme, et notre salut pour nos dirigeants (heureusement pas tous) ne vient que du pays que vous représentez ! Voilà notre véritable problème ! Il faut agir avant tout sur notre propre mentalité. Nous sommes avant tout Réunionnais de l’océan Indien, Français et Européens de l’océan Indien et non du Pas-de-Calais !

Christophe Rocheland,
Président de l’Association Coopération Réunion/Afrique du Sud


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