Madame Fadéla Amara, les illusions perdues des enfants des cités

29 octobre 2007

Un petit séga avec René Paul Victoria, un causement avec Paul Vergès, un five o’ clock tea avec Nassimah Dindar, 3 petits tours et puis s’en va. Madame Fadéla Amara a passé 24h à La Réunion. Pourquoi faire ?
Rien, à part conforter ses désormais amis de l’UMP, en vue des prochaines élections !
Madame Amara, conseillère municipale PS de Clermont Ferrand et porte drapeau des cités est devenue Secrétaire d’Etat d’ouverture, en charge de la politique de la Ville. Sous les ors de la République, Madame Amara oublie ses combats.
Le 10 octobre dernier a été inaugurée à Paris, Porte Dorée, la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration. À l’inverse de ce que fut l’inauguration récente de la Cité de l’architecture, aucun représentant du gouvernement ou de la présidence de la République n’était présent !
L’absence de Fadéla Amara, figure emblématique de la réussite des enfants de l’immigration, l’absence du Président de la République et du Ministre de l’immigration et de l’identité nationale découlent bien d’une décision politique.
Alors que l’appui à cette structure originale et nouvelle aurait compté pour la reconnaissance de la place de l’immigration dans la construction nationale et sociale de la France, ce geste, qui aurait eu une force symbolique, n’a pas été voulu.
En plein débat sur une nouvelle loi sur l’immigration (la 5è en 4 ans) avec l’amendement Mariani introduisant le contrôle génétique pour le regroupement familial, la fermeture du droit aux hébergements d’urgence, la vérification de la maîtrise de la langue française à l’extérieur du territoire national, la limitation du délai de réponse aux demandeurs d’asiles, le gouvernement n’a pas souhaité envenimé les tensions internes au groupe parlementaire UMP. Et la déclaration sur l’aspect “dégueulasse” de l’instrumentalisation de l’immigration n’y aura rien changé.
Du point de vue du Président Sarkozy, il y a une certaine cohérence entre le refus de la « repentance » et le discours de Dakar qui dénotent une volonté de refonder un substrat idéologique, politique et historique qui redonnerait du corps à une vision néocoloniale voire impériale de la France.
Alors même que la création de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration pouvait permettre une approche historique des relations entre la colonisation et l’immigration, il se pourrait que la discrétion officielle corresponde à un déni d’existence. Une nouvelle histoire officielle est en route et la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration gène.
La présence dans ce gouvernement de Madame Fadéla Amara n’empêchera pas l’extrême-droite des députés UMP, avec le soutien du Président de la République, de faire passer une politique qui reprenne les idées du front national et désespère les populations issues de l’immigration.
Certains, au PS, ont demandé la démission de Fadéla Amara du gouvernement, ils ont tort. Fadéla Amara est du côté de celles et ceux qui ont où vont voter les cadeaux aux riches, les tests ADN chers à Ibrahim Dindar, les franchises médicales, la suppression de 11.000 postes d’enseignants, l’augmentation de la durée des cotisations pour les retraites, la remise en cause des 35 heures, la TVA sociale etc. Elle a choisi le camp du patronat, des riches et de la finance, qu’elle assume.
Mais le ministère de l’immigration et de l’identité nationale, même en instrumentalisant les peurs et les tests génétiques, ne pourra pas empêcher que la France soit un pays d’immigration depuis très longtemps et que ce processus ne s’arrêtera pas. Les murs législatifs, réglementaires, policiers n’y pourront rien. Faire croire qu’il est possible et souhaitable de tendre vers une immigration choisie pour les uns et zéro pour les autres est un mensonge d’État.
Madame Fadéla Amara fut “ni pute, ni soumise” ; elle est maintenant fortement compromise, l’histoire jugera.

Jacques Pénitot
Militant des Droits de l’Homme


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