Di sak na pou di

Massage des bébés… entrée en crèche : récompense ou punition ?

Frédéric Paulus / 29 juin 2019

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Photo Phovoir.

Imaginons un enfant qui aura été désiré, attendu depuis sa conception pendant 9 mois, peut-être même avant. Ses parents auront eu tout le temps pour réaliser le changement radical qui va advenir dans leur vie, notamment les étapes de l’embryogénèse ; et de ressentir, au moins pour la jeune maman, les changements induits par une grossesse.
De nos jours les jeunes parents peuvent bénéficier d’un accompagnement de la grossesse individuellement et en groupe jusqu’aux suites de couche assuré par les sages-femmes. Dans un autre courrier l’on imaginera une suite possible. En consultant des ouvrages, ils peuvent se faire une idée, au moins théorique, de l’évolution de la vie. Elle a sélectionné, au fils des siècles, des structures biologiques et une organisation particulièrement intelligente dotée de cinq sens pour que le bébé puisse percevoir et ressentir son environnement. Révolu est le temps, il y a seulement cinquante ans, où l’on croyait que « le bébé pendant sa première année vit une vie purement végétative ».

Dans ce texte nous suggérons d’évaluer la validité des visions néodarwiniennes dites « panpsychiques » développées par le biologiste Sewall Wright (1889-1988). Ce biologiste considère là corps et esprit comme une même réalité. Déjà Ernest Haeckel (1855-1912), dans « Les merveilles de la vie », (1907), soutenait que l’esprit n’était pas apparu « par magie » et donc indépendamment du corps et que « la vie, sous la forme élémentaire de la sensation, est liée à la matière ». C’est ce que nous avons soutenu en 1987 dans « L’éducation fondée sur les sensations ». Certains auteurs considéraient que l’embryon « savait » (inconsciemment organiquement) si l’environnement le désirait. Mon ami Federico Navarro qui se revendiquait « antipsychiatre » disait : « Un bébé désiré vit dans un utérus chaud ». Nous ne devrions pas être excessif en formulant pour être bref cet énoncé : « L’enfant, néoténique, ce qui veut dire qu’il n’est pas fini à la naissance. En effet, - il ne marche pas, - ses fontanelles ne sont pas soudées, - il ne parle pas. Dans l’impossibilité de se déplacer, il ne peut ni fuir, ni lutter et en en cas d’agression, il s’inhibera… Il ressent avant de comprendre. Nous rappellerons également les observations du pédiatre Albert Grenier, obligé de tenir la nuque d’un bébé de 4 ou 5 jours lui aura permis de se saisir de son stéthoscope à l’occasion de la première consultation. Ce comportement invalidait les conceptions « stadistes » du développement de l’enfant théorisées par le célèbre psychologue suisse Jean Piaget. Grenier s’attaquait à une institutionnalisation universitaire des travaux de ce psychologue et plusieurs décennies après avoir présenté ses observations lors du second congrès mondial de psychiatrie du nourrisson, à Cannes en 1983, il les publie en 2002 ses observations dans un ouvrage intitulé « La motricité libérée ». Les psychologues qui auront suivi Piaget auront sous évalué la gravité qui attire tout corps vers le sol. La tête du bébé étant trop lourde par rapport au corps immature qui ne peut encore la soutenir, il aura mieux à faire que de jouer avec le stéthoscope du pédiatre pour l’imiter à terme. La saisie du stéthoscope renvoie également au plaisir d’agir et de maitriser potentiellement son environnement par le bébé et cela pratiquement dès sa naissance.

Ces observations situent la mère selon une logique comportementale qui prolonge la gestation du bébé après sa naissance. Il serait important de prendre conscience qu’agressé par l’environnement, le bébé ne pouvant se protéger, s’inhibe. Si bien que tout son développement panpsychique serait contrarié « neuro-épigénétiquement », dira-t-on de nos jours. Ces découvertes ont été perçues par ces parents qui ne sont pas si imaginaires que cela puisque la jeune maman est ma première fille. Oui je suis grand-père et heureux de savoir ma petite fille entre de bonnes mains. Et cela d’autant plus que ma fille m’aura fait progresser dans mes perceptions sur les besoins des bébés en m’invitant à un atelier de massage des bébés. Ces changements de perception auront été induits par mes observations d’un groupe de mamans, aussi ouvert aux pères, autour d’un atelier de massage des bébés animé par une spécialiste « psycho-praticienne ».
Le groupe non seulement aborde des éléments d’information fiables sur les besoins des bébés, notamment l’importance du toucher et donc des massages ; mais aussi contribue à rendre les jeunes parents acteurs de leurs comportements dans leur nouveau statut, à la fois par imitation mais aussi et surtout par adaptation à l’unicité de leur bébé. L’animatrice, en ma présence, aura dit lors d’une séance de deux heures que « comme chaque enfant est unique, les parents devront découvrir et reconnaître ce qui singularise leur bébé ».

La question de confier son enfant à la crèche ou à une assistante maternelle aura été abordée en prévoyant une période d’adaptation. Je me suis permis d’avancer que mes données de chercheur en « Bébologie » sont telles qu’il m’apparaît que l’enfant, curieux constitutionnellement, de façon innée donc, ne peut que se satisfaire de voir son univers s’élargir avec la crèche où d’autres enfants peuvent aussi ressentir joie et plaisir d’agir dans un environnement sécurisé. Et cela d’autant plus si l’accueil de l’enfant en crèche aura été progressivement préparé. Il serait alors vécu comme une sorte de « récompense » qui alimentera sa curiosité et par voie de conséquence sollicitera épigénétiquement le génome favorisant son développement. Sur ce point, nous devrions tenter d’évaluer si les visions génétiquement interactives et adaptatives avec l’environnement telles que Wright les aura théorisées sont fondées. Pour un bébé le risque est toujours présent d’une inhibition qui le ferait régresser dans un mouvement contraire à son individuation, individuation synonyme d’un « oui qui agit », en d’autres termes : « Je suis d’accord pour me rendre en crèche », alors que l’enfant ne sait pas explicitement parler.

Frédéric Paulus - un grand-père heureux