Mayotte, du pire à l’inattendu ! - 2 -

22 novembre 2006

Faut-il que les choses aillent mal à la Mayotte pour que la Direction de l’UMP locale en vienne à désavouer le fond de la politique menée par l’administration, en charge de l’emploi, cependant aux ordres du Préfet et du gouvernement français ?

C’est du bureau de l’UMP réuni récemment à Mamoudzou que vient la demande de la création d’une commission pour « La régularisation des sans papiers qui travaillent sur le territoire depuis plus de 10 ans ». Ils ont argué en cette affaire du soutien qu’ils trouvent dans les positions du plus libéral des hommes politiques français, Alain Madelin, devenu conseiller politique de Nicolas Sarkozy, défendant le principe de la régularisation.

C’est bien entendu un chef d’entreprise inquiet de l’état des forces productives dans l’île, élu par ailleurs à la Chambre de métiers et de l’artisanat, qui a pris l’initiative de la proposition. Cela se comprend, les patrons ne sont pas plus fous à Mayotte qu’ailleurs. Il ne s’agit évidemment pas de plaidoyer humaniste ou humanitaire. Il s’agit d’intérêt bien compris et qui, d’ailleurs, va très loin dans le refus de reconnaissance des droits habituels puisque le droit au séjour du travailleur serait lié à l’embauche et qu’il perdrait sa carte de séjour s’il perdait son emploi. Le patron aurait donc tous les pouvoirs, mais il serait malgré tout relativement tenu de respecter la loi et payer les salaires au niveau légal, une amélioration sensible face à la réalité esclavagiste actuelle du vécu des clandestins.

Cela ne fait bien sûr pas le compte et ne répond ni aux inquiétudes des syndicats, ni aux exigences de la Ligue des droits de l’Homme locale, encore moins aux paradigmes fondateurs du génie national républicain français. Au mois, cela permettrait-il de desserrer l’étau mortifère en œuvre à Mayotte où l’économie étouffe de tant vouloir se séparer de ceux qui travaillent tant et pour si peu. Un hebdomadaire de l’île au parfum titrait récemment un de ses éditoriaux : “La panique”. Nul doute que c’est un sentiment déjà ancien chez les clandestins ; il tend à se répandre dans toute la société mahoraise. Tant mieux si d’aucuns s’emploient à calmer le jeu et le zèle destructeur de certains administrateurs trop pressés de résultats. Pour ne pas risquer de mettre l’île en état de coma économique prolongé, il faudrait y ajouter un peu de justice et compassion. A cet égard et au risque de se répéter, on est loin du compte, mais pour cela, il faudrait qu’émergent d’autres types d’intervenants.

François Esquer


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Témoignages - 82e année


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