Di sak na pou di

Mesdames, demandez le programme…

Marylène Berne / 2 mars 2017

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Le 21 janvier 2017, des centaines de milliers de personnes, surtout des femmes, ont manifesté aux Etats-Unis pour dénoncer le mépris affiché de Donald Trump à l’égard des Américaines, ses propos machistes, sexistes, homophobes et affiché leur inquiétude sur les remises en cause possibles des droits des femmes dont celui à l’avortement. Cette prise de conscience massive devrait nous interpeller avant les présidentielles françaises. Manifester après le vote, c’est bien...mais faire un bon choix avant me parait préférable.

Regardons un peu certains candidats et examinons si leurs propositions peuvent garantir et faire avancer la cause des femmes. D’abord le chouchou des médias, Emmanuel Macron. Les journalistes nous le présentent comme l’homme nouveau et providentiel. Comme nouveauté, il repassera, il a suivi le parcours classique. Haut fonctionnaire, diplômé de l’ENA (ce qui ne prouve pas grand-chose pour un engagement vis-à-vis des citoyennes), inspecteur des finances un temps puis banquier d’affaires à la banque Rothschild. Comme homme providentiel, il a été secrétaire général adjoint de l’Elysée puis ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, ce qui veut dire qu’il a servi François Hollande et que sa loi dite Macron a consisté en gros à remplacer des trains par des bus alors que la nocivité des gaz à effet de serre n’est plus à prouver. Il a participé sans protester, à l’installation de la loi travail, ce que les travailleurs devraient garder en mémoire. C’est lui, ministre en déplacement qui disait à des ouvriers « si tu veux un costume trois pièces, faut bosser » phrase pleine de mépris.

D’où vient la fascination qu’exerce monsieur Macron sur les journalistes ? Certainement pas par sa rigueur politique car comme une girouette il tourne dans un sens puis dans l’autre. Pardon aux Algériens puis pardon aux pieds-noirs… il dénonce l’humiliation subie par les partisans de la manif pour tous, les mêmes qui parlaient de zoophilie, de mariage avec un chien ou un singe… Monsieur Macron drague de façon éhontée pour gagner des voix ce qui peut permettre de douter des promesses faites.

Monsieur Fillon a tenu des propos que j’estime inquiétants pour les droits acquis des femmes. Il s’est proclamé chrétien, ce qui est son droit le plus strict en tant que citoyen. Mais candidat à un poste de président, il n’a pas à revendiquer sa religion qui apparait comme religion d’État ce qui le coupe du reste de la population qui soit est athée, soit pratique une autre croyance. A la Réunion, il a jugé bon d’assister à la messe sous les projecteurs.

Cet affichage peut apparaitre comme un soutien aux opposants à l’avortement qui ont défilé à Paris le 23 janvier. N’oublions pas non plus sa désinvolture vis-à-vis de l’argent public. Sans vergogne, sa femme, ses enfants peuvent être rétribués avec l’argent des contribuables et il a de la peine à comprendre que celles et ceux qui triment 35 heures et plus par semaine pour un salaire de misère trouvent indécent cette façon d’agir. Confier les plus grandes responsabilités à quelqu’un qui conçoit l’austérité pour les bas salaires et les revenus sociaux n’est pas envisageable. Les manants se serrent la ceinture et moi monsieur Fillon je pose pour Paris-Match devant mon manoir.

Après avoir changé d’avis plusieurs fois sur la suppression ou non de l’IVG, madame Le Pen s’est voulue rassurante en garantissant son maintien si elle était élue. Certains de ses proches, dont sa nièce Marion Maréchal Le Pen, n’ont pas le même point de vue et critiquent ouvertement ce droit fondamental obtenu par les luttes féminines et la loi Veil. Aux inquiétudes crées par le programme économique et les mesures discriminatoires proposés par les dirigeants du front National, s’ajoutent des craintes d’atteintes intolérables au droit des femmes à gérer leur grossesse.

Chaque citoyenne doit être vigilante, nous ne pouvons pas nous permettre de voter pour un parti qui piétinerait nos droits et nos convictions. Le candidat idéal devrait garantir toutes nos acquisitions et faire progresser nos revendications. Créer un plan d’urgence contre les violences faites aux femmes et aux enfants, ces derniers gravement menacés dans l’indifférence générale. Réaliser enfin l’égalité des salaires, ’travail égal, salaire égal’ est un slogan qui devrait disparaitre. Contrôler le versement des pensions alimentaires et enfin faire disparaitre le sexisme qui imprègne les manuels scolaires, les publicités, les médias, les propos, bref notre société toute entière.

Le 8 mars est dans quelques jours. Chacun va y aller de son couplet pour proclamer son grand intérêt pour la cause féminine et blablater pendant une journée comme cela se passe depuis des années. Et le 9 mars tout est oublié. Le futur président sera élu pour 5 ans, n’attendons pas 2022 pour nous lamenter, lisons attentivement les programmes et éliminons sans état d’âme ceux qui n’abordent jamais les problèmes nous concernant directement.

Marylène Berne