Mme la Ministre de la Santé : Prochik ? Chiche !

4 décembre 2007

Madame la Ministre, vous venez sur notre île à l’occasion du grand colloque sur le chikungunya et des futures maladies dites émergentes, transmises par les moustiques, et nous vous en remercions.
Un gros travail depuis deux ans a été fourni par les acteurs de la lutte antivectorielle avec les résultats que l’on peu apprécier à ce jour ; le système d’alerte s’est un peu amélioré, mais en raison de ressources financières peu importantes, il reste malheureusement très artisanal. Mais rien de concret, ni de consensuel, ni valide, n’a encore été entrepris au niveau des professionnels médicaux concernant les signes cliniques et les thérapeutiques de telles maladies, qui puissent nous aider rapidement à alerter les autorités en cas de nouvelle épidémie.
Les intervenants de ce congrès international sont exclusivement des hospitaliers et des scientifiques ; ils ne peuvent donc être considérés seuls, comme des relais valides de ce que nous voyons tous les jours dans nos cabinets médicaux !
Malgré plusieurs sollicitations, le comité scientifique de ce colloque n’a pas jugé bon de retenir les quelques communications émanant de la médecine de terrain. La portée pratique de ce colloque international qui se déroule une fois de plus en semaine alors que les praticiens concernés seront dans leurs cabinets(...), ne pourra être que faible par rapport à son coût global... supporté notamment par les collectivités réunionnaises .
La mutualisation des moyens, des hommes, des idées, est la seule garante d’une recherche pragmatique, adaptée à la réalité et donc efficace pour une meilleure prise en charge de nos patients à la Réunion et peut-être aussi, bien au delà de nos frontières...faut il encore l’organiser et surtout vouloir l’organiser.

Madame la Ministre, merci de faire mettre en place par vos représentants locaux, des études descriptives pour qu’enfin on en sache un peu plus sur la clinique et les thérapeutiques, notamment les éventuels bienfaits et effets indésirables de tout ce qui peut être proposé à nos patients comme produits censés soulager leurs douleurs.
Plutôt que de chercher l’inaccessible, essayons de trouver l’accessible en restant pragmatique et donc en faisant enfin intervenir dans les organes décisionnels et les congrès, l’ensemble des acteurs de terrain médicaux mais aussi associatifs : nous attendons cela depuis ....2005 !!
Cela évitera les « gâchis » humains et financiers, révélés par le teneur d’un tel congres ( dont le coût global restera probablement inconnu) et dont on peu vraiment se demander quelles seront les retombées pour les acteurs de santé que nous sommes et donc pour nos patients.
Plutôt que d’importer des « recettes » non validées, et donc probablement non adaptées au terrain en cas de crises, profitons des énergies humaines présentes à la Réunion, faisons leur confiance et modélisons un savoir faire qui pourra ensuite servir ailleurs. Je vous invite pour les détails à lire le poster affiché dans ce congrès ayant pour titre “Le tour du Chik à contre-courant... ou le passé, bâtisseur d’avenir”...

Une réponse de votre part Madame la ministre, concrète au niveau des aides, et adaptée à nos besoins, est bien sur très attendue par l’ensemble de la communauté médicale réunionnaise, « bassement » mais basiquement scientifique, qui s’est démenée avec pragmatisme et qui se démène toujours autant que possible, pour prendre en charge au mieux les 100% des malades atteints par le chik.
Alors, Mme la Ministre : Chik et Chiche ?

Dr Ph.de Chazournes, médecin de quartier - Ile de la Réunion


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