Mon facteur m’a dit...

18 décembre 2007

Le président de la République, dans son entretien avec Patrice POIVRE D’ARVOR (P.P.D.A.) et Arlette CHABOT, a passé en revue toute son action depuis six mois depuis qu’il est devenu président de la République. Il a déploré la vague de violence qui s’est installée à Villiers-le-Bel et inquiète tous ceux d’entre nous qui ne demandent qu’à vivre en paix et à travailler en toute tranquillité.
Il ne fait aucun doute que c’est un vœu pieux. La France paye son tribut des actes de violence. Et on voit pour la mort de deux jeunes, ici à La Réunion, nous avons eu droit à des manifestations sans scène de violence. Par contre, pour deux jeunes tués à Villiers-le-Bel, qui roulaient sans casques, à vitesse excessive, le choc fut très violent, la violence s’est déchaînée.
Pourquoi cette violence ?
Le président de la République avait annoncé qu’il n’y a pas de lieu non droit... On est allé vers l’explication justifiant l’attitude des policiers et non la cause réelle du mal des banlieues.
La violence n’est plus un phénomène sporadique. Elle s’institutionnalise de plus en plus et revendique parfois de curieuses lettres de noblesse. Elle est de moins en moins considérée comme une maladie du corps social, elle fait partie intégrante de celui-ci et elle entre désormais dans nos mœurs. Elle n’est plus non plus le fait de quelques délinquants ou asociaux, elle devient un des atouts majeurs dans le jeu qui se joue entre les individus et la société. Jeu dangereux entre des partenaires longtemps inégaux et un Etat qui n’a plus ni autorité cohérente, ni sens de la discipline civique, ni mesure, et qui frappe aveuglément quand il frappe, pour céder à la violence dès qu’elle se manifeste. Car, hélas ! La violence paie et elle seule aujourd’hui est capable de secouer l’inertie des pouvoirs publics trop souvent occupés à défendre des intérêts privés plutôt que le bien commun et une administration bloquée, incapable de faire face à ses tâches.
Car, toute la violence de la société à l’égard des individus ne se réduit pas à des peines correctives, à des emprisonnements. Il est des formes de violence plus subtiles et plus sournoises, le chômage, l’injustice sociale, la misère, des lois qui n’entraînent plus le consensus de la majorité du pays en sont les formes courantes et voilées.
Il y aurait là ample matière à réflexion pour nos augures... plutôt que de déplorer la violence, plutôt que de prendre contre elle des mesures de répression qui sont encore une de ses formes et qui de plus en plus entraînent des réactions défavorables de la population, ne serait-il pas plus sage de se pencher honnêtement et courageusement sur les problèmes et de supprimer à leur source les causes qui l’engendrent ?
Il ne fait aucun doute dans mon esprit que la violence doit d’abord disparaître dans le lieu familial. Il faut renforcer l’autorité du père et de la mère, pour que l’enfant grandissant choisisse la voie de la non violence plutôt que la violence. Dans notre pays, il faut être très sévère avec les maris, les compagnons qui considèrent que la femme est un objet, une esclave qu’on peut frapper, tuer.
Comment ne pas admirer mon facteur, qui, dans un langage simple, m’a dit : « lorsque l’enfant est petit, le papa ou la maman appelle l’enfant : Mon chéri, mon amour, mon petit ange, viens dans mes bras ». Et, quelques années plus tard, le langage change : « Mon petit démon, mon petit vampire, viens ici... ».
Donc, le travail d’éducation contre la violence doit commencer au sein de la cellule familiale... Et être inscrit dans le programme scolaire.

Marc Kichenapanaïdou


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Témoignages - 82e année


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