Monsieur l’Architecte des Bâtiments de France, Bon voyage !

12 février 2009

Gabriel Jonqueres D’Oriala est architecte des Bâtiments de France. Ainsi, depuis douze ans, il a dirigé le Service Départemental d’Architecture et du Patrimoine de La Réunion. Il nous vient des Landes, et dans quelques semaines, il s’envole pour sa nouvelle affectation, Montpellier. Bon voyage, Monsieur l’Architecte ! Vous avez dit sans rire que vous êtes un défenseur de l’identité réunionnaise. Douze ans passés dans cette île, oui, vous avez laissé des traces.
Souvenez-vous de ce que vous avez dit sur la maison Zadvat à Saint-Denis !
« J’avais les moyens de m’opposer à la destruction de la maison Zadvat. En me fiant à mon instinct, je la datais du tout début des années soixante. Si j’avais su que la bâtisse datait des années trente, j’aurais bloqué définitivement le dossier de démolition ».
C’est très grave de la part d’un architecte des Bâtiments de France qui est là pour protéger le patrimoine réunionnais. Est-ce que votre travail est basé sur l’imagination ou sur un travail scientifique ? N’aviez-vous pas un dossier ? Vous ne saviez pas que cette maison était datée de 1930. Cet aveu public n’honore pas le service que vous dirigez et qui, de plus, est cautionné par le Ministère de la Culture.

Le 22 janvier 2008, au lever du jour, des bulldozers sont entrés sur le terrain “Zitte” à “5 Heures”, La Saline. Ils ont démoli des dépendances et brûlé une case créole appartenant à un propriétaire décédé. Sur le fait, le G.R.A.H.TER averti, nous nous sommes opposés à la destruction de la maison principale, vieille de deux siècles, en faisant un barrage de route, mettant même notre vie en danger devant des bulldozers. Devant notre détermination, la Mairie de Saint-Paul a donné l’ordre à l’entreprise de stopper la démolition de la “maison Zitte”. Le G.R.A.H.TER a obtenu une bataille, en sauvant un patrimoine historique de La Saline, mais peut-être pas la guerre. Votre téléphone était aux abonnés absents, Monsieur.

Qui a donné cet ordre de démolition sans concertation avec le G.R.A.H.TER ? Le directeur général des services et le chef des services techniques de la mairie de Saint-Paul. Sur quelle base ? Celle d’un rapport d’expertise affirmant que la maison était dangereuse et défectueuse.

Où est la vérité ?
Cette “maison Zitte” a été construite en 1877. Et depuis cette date, il n’y a jamais eu une seule feuille de tôle enlevée par les nombreux cyclones que nous avons connus. Il n’y a pas de destruction à l’intérieur. Elle est conservée à l’identique. Malgré les pluies torrentielles, pas une goutte d’eau n’est entrée dans cette maison. Elle n’est seulement abîmée que sur sa devanture, car il s’agit d’un rajout. Le parquet est en bois de fer. Le carrelage de la véranda fait de multiples dessins est encastré dans du béton, pas un seul de ces carreaux n’a été cassé. Son plafond est unique, sous forme de cône à la jointure droite. Il est intact. Les trois quotidiens de l’île (“Le Journal de l’île de la Réunion”, “Le Quotidien”, “Témoignages”) et R.F.O (TV et radio) et Antenne-Réunion qui sont venus sur place ont constaté les dégâts de l’entreprise de démolition. Ils sont unanimes pour dire qu’il faut la conserver, la restaurer, l’utiliser comme centre de tourisme.

L’expert s’est trompé. Cela a coûté cher à la collectivité.

Il y a pire. Les services techniques vous ont demandé conseil. Sans vous déplacer pour voir l’état des lieux, sans connaître l’histoire et la valeur du patrimoine de la “maison Zitte”, vous avez donné un avis favorable à sa démolition, en envoyant toutefois un de vos agents pour faire des relevés, dans le but de la faire reconstruire à l’identique. Cette maison, Monsieur l’Architecte des Bâtiments de France, n’a pas besoin d’être reconstruite à l’identique, elle a simplement besoin d’être restaurée.
Vous osez dire : « … en tant que défenseur de mémoire, je suis un défenseur de l’identité réunionnaise » !
Vous avez défendu quelle mémoire ? Quelle identité réunionnaise ?

Vous avez le verbe facile, Monsieur l’Architecte des Bâtiments de France. Nous ne vous avons jamais vu dans des situations sur le terrain pour donner votre avis d’expert. A la création de la D.R.A.C. (Direction Régionale des Affaires Culturelles) en 1981, il y avait cinq bâtiments protégés ; aujourd’hui, 103. Monsieur Yves Augeard, qui a créé le Service Départemental d’Architecture en 1979, a été certes très critique pour la mise en place de tout l’arsenal juridique… mais on le voyait partout sur le terrain.
Vous, vous êtes resté tout le temps dans votre bureau en prenant des décisions sans connaître la réalité sur place. Les maisons Zadvat et Zitte en ont subi les conséquences. Il doit y en avoir d’autres…

Alors, bon voyage Monsieur l’Architecte ! En espérant que la ville de Montpellier n’aura pas à subir vos décisions lourdes de conséquences. C’est vrai, sur le sol de la France métropolitaine et sur le sol réunionnais, vous aurez une différence d’appréciation.

Marc Kichenapanaïdou
Président du G.R.A.H.TER
(Groupe de Recherches sur l’Archéologie
et l’Histoire de la TErre Réunnionaise)


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Messages

  • Vivement la fin des ABF... que l’on puisse enfin composer entre modernité et patrimoine... et de créer aujourd’hui le patrimoine de demain,et non pas en reproduisant le passé par des pastiches et des modes de construction dépassés.
    Il devrait être obligatoire lorsqu’une zone est déclarée classée d’y associer des règles précises sous forme d’un cahiers des charges disponible en mairie afin que ne soit pas entrepris des projets,demandant parfois des mois de consultations et de travail,qui par le pouvoir absolu d’un seul homme sont balayés d’un revers de main en quelques minutes selon son humeur du moment et alors qu’il existe dans le périmètre des constructions identiques récentes dont ils ignorent parfois l’existence.

  • Merçi à l’auteur de l’article au moins nous pouvons savoir à qui nous avons à faire, et regrettons qu’il soit nommé dans notre Région, les abus sont journalier, il est évident que nous ne pourrons pas compter sur cette personne. Il va falloir se battre encore plus, nous en avons assez !!.

  • Je n’en suis pas étonnée. Pour signer un contrat sans avoir été jeter un œil pour constater si cela en valait la peine il a toujours été fort doué.
    Un bon fauteuil un document et une plume,une jolie signature bien sur et le tour est joué.

    Cordialement

    Mme Robin Anne (née Le Corre Anne, reconnue par Mr Yves Augeard)


Témoignages - 82e année


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