Mort programmée du BEP au profit des Bac Pro 3 ans !

29 décembre 2007

Professeur de lycée professionnel, j’ai eu connaissance de la lettre du Ministre de l’Education nationale, M. Darcos, envoyée au Recteur le 29 octobre 2007 sur la mise en place des Bac Pro 3 ans à la rentrée 2008 et entraînant progressivement la mort du BEP.
Aujourd’hui, les lycées professionnels accueillent près de 720.000 jeunes (dont 15.500 à La Réunion) qui viennent y préparer un CAP pour près de 92.000 d’entre eux, un BEP pour 415.000 et un Baccalauréat Professionnel pour 193.000. Dans notre académie, sur les 15.500 élèves scolarisés en section professionnelle, c’est plus de 8.800 élèves de BEP et 3.200 élèves de Bac Pro en 2 ans qui seront concernés par cette mesure. Et que va-t-on faire de nos 3.300 élèves de CAP ? Quel avenir pour cette jeunesse réunionnaise ? La question reste posée à nos décideurs ?
Chaque salarié connaît l’importance des diplômes professionnels reconnus nationalement dans les conventions collectives et les statuts. Ils donnent droit à une position dans la grille des rémunérations et constituent un frein à l’arbitraire patronal. Les qualifications de base reconnues sont celles des diplômes dits de niveau V, le CAP et le BEP. Après avoir dilapidé le CAP (avec 90.000 élèves en 2006 au lieu de 460.000 dans les années 80), le dernier diplôme de niveau V préparé massivement dans les LP est le BEP. Il permet après 2 ans d’étude soit d’entrer dans la vie active, soit de poursuivre ses études pendant 2 ans supplémentaires pour obtenir un Baccalauréat Professionnel de niveau IV. Le ministre vient de programmer la disparition du BEP en instaurant un Bac Pro en 3 ans. Dans sa note aux recteurs, il précise : « la généralisation du parcours en 3 ans doit être résolument engagée et, dès la rentrée 2008, 45.000 élèves devront être accueillis. Les ouvertures de divisions de première année de Baccalauréat en 3 ans se feront par remplacement de divisions de Seconde professionnelle (première année de BEP) dans les secteurs professionnels correspondants. Par ailleurs, l’année 2008 sera mise à profit pour préparer la généralisation des Baccalauréats Professionnels en 3 ans ». Ainsi, le ministre programme la disparition de tous les BEP dans les 2 ans qui viennent. Il s’agit de supprimer tous les diplômes qui sont à la base des conventions collectives et des statuts, alors que le Baccalauréat Professionnel n’est à ce jour (12 ans après sa création) reconnu que dans une minorité de conventions collectives. Il peut y avoir deux conséquences immédiates : la première, c’est la disparition de la reconnaissance des diplômes de niveau V (un ouvrier qualifié payé comme un manœuvre). La deuxième, la dépréciation du Bac Pro, qui sera rémunéré comme un CAP. C’est tout l’édifice des conventions collectives qui est ébranlé.
En supposant que tous les BEP supprimés soient transformés en Bac Pro 3 ans, cela signifie qu’un quart des postes de professeur de lycée professionnel vont disparaître ! N’est-ce pas la volonté de notre cher président de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ? N’est-ce pas la volonté de l’Union Européenne de contraindre à ses pays membres d’appliquer les orientations de son mémorandum sur la « formation tout au long de la vie » qui exige d’en finir avec « l’éducation formelle » donnée dans les écoles et débouchant sur des qualifications reconnues, au profit de « l’éducation non formelle » et de l’éducation informelle acquises au travail ou dans la vie quotidienne et donnant droit, si l’on peut dire, à de vagues compétences dont l’employeur et le seul juge ?

G. L prof en LP


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Témoignages - 82e année


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