Municipales à La Réunion : l’union de la gauche ne peut réussir sans partis forts

22 janvier, par Julie Pontalba

À l’approche des prochaines élections municipales à La Réunion, l’idée de l’union de la gauche revient dans le débat public. Elle a été largement mise en avant ces dernières années, tant au niveau national avec la NUPES qu’au niveau local, notamment à Saint-Denis ou à Saint-Paul, où les forces de gauche — EELV, PCR, La France insoumise, PS, PLR — ont su, à certains moments, dépasser leurs divergences pour construire des listes communes.

Ces unions peuvent créer une réelle dynamique électorale et apporter une plus-value démocratique, notamment par la confrontation et la complémentarité des idées proposées à la population. Lorsqu’elles ne sont pas possibles au premier tour, elles se construisent souvent au second, dans une logique de rassemblement.
Mais une réalité s’impose : l’union de la gauche ne peut être solide et durable que si chacune de ses composantes est elle-même forte. Forte idéologiquement, forte d’un point de vue militant, forte électoralement. Une union entre forces affaiblies ne produit pas une alternative crédible ; elle fragilise l’ensemble.
Or, ces dernières années, le paysage politique réunionnais est marqué par l’effacement progressif du Parti communiste réunionnais, pourtant pilier historique de la gauche dans l’île. Cette tendance s’est récemment confirmée avec l’annonce de la section PCR de Sainte-Suzanne de ne pas conduire de liste aux municipales, alors même que le parti est sortant dans cette commune. À ce jour, aucune liste municipale ne sera menée par le PCR à La Réunion.

Cette situation n’est évidemment pas sans conséquences. Elle est préoccupante pour le PCR lui-même, mais elle l’est tout autant pour l’ensemble de la gauche réunionnaise. L’affaiblissement d’un courant structurant ne se traduit pas mécaniquement par le renforcement des autres. Bien au contraire, il tend à appauvrir le débat politique et à désorienter une partie de l’électorat populaire.

L’histoire récente nous l’a déjà montré. Après les élections régionales de 2010, certains pensaient que le retrait du PCR ouvrirait un espace politique immédiatement occupé par le Parti socialiste. Cela ne s’est pas produit. Le PS, qui dirigeait alors plusieurs communes, ne conserve aujourd’hui que Saint-Denis. Il disposait de quatre députés sur cinq ; il n’en compte plus qu’un seul sur sept. L’avenir dira ce qu’il en sera du PLR, notamment à Sainte-Suzanne.

La question est donc posée, clairement : avec l’effacement progressif du PCR et une progression limitée des autres forces de gauche, quel avenir pour ce courant d’idées à La Réunion ?
Et surtout : vers qui se tournera l’électorat populaire, historiquement structuré par le combat communiste réunionnais, s’il ne trouve plus de force politique identifiable pour porter ses aspirations sociales, démocratiques et émancipatrices ? Le RN n’est pas bien loin…

Face à cette situation, je milite pour qu’une rencontre entre l’ensemble des dirigeantes et dirigeants des partis de gauche soit organisée, afin de dégager un terrain d’entente sur le long terme, fondé sur le respect mutuel, la reconnaissance de chaque force politique et la préservation de leur existence propre.
L’unité ne peut se construire sur l’effacement ou la disparition de l’un des siens ; elle suppose au contraire la survie, le renforcement et la complémentarité de toutes les forces qui composent la gauche réunionnaise.
Il en va de l’intérêt de chacune d’entre elles. Il en va de la démocratie. Il en va surtout de l’intérêt du peuple réunionnais.

Julie Pontalba

Municipales 2026Parti communiste réunionnais PCR

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