Ne pas tolérer l’intolérable

6 décembre 2007

« Il y a des malheureux en ce moment, qui ajustent et collent des jouets par centaines, et à vil prix, pour le plaisir des enfants riches. »
Cette observation, faite dans la France de 1910 par le philosophe Alain, nous pourrions la reprendre en 2007 où des hommes, des femmes, des enfants mêmes, quelque part en Asie, s’épuisent à longueur de journée à des tâches aussi peu gratifiantes pour moins que rien.
Aujourd’hui comme hier, pour les enfants riches, comme pour les autres enfants du reste, et même pour leurs parents, le sort de ces travailleurs misérables ne présente aucun intérêt, et c’est bien là le cadet de leurs soucis. Pris dans le tourbillon de la mondialisation qui achève de détruire entre eux ce qui reste de liens non marchands, ils se détournent de tout ce qui n’est pas leur “pré carré”.
« La société est une merveilleuse machine qui permet aux bonnes gens d’être cruels sans le savoir », écrivait Alain. « Sans vouloir le savoir », pourrions-nous dire afin d’actualiser. Car enfin nul ne peut ignorer, en ce début du 21ème siècle, que des millions de nos semblables vivent dans des conditions qui relèvent, pour la plupart, du crime contre l’humanité. Parce qu’il ne faut tout de même pas oublier toutes ces victimes connues ou inconnues de l’esclavage sexuel, militaire, guerrier... qui se recrutent en priorité chez les enfants.
À ceux qui se qualifient volontiers de tolérants pour mettre chacun d’accord et éviter ainsi toute discussion sur les graves problèmes de ce monde, il faudrait dire ou plutôt crier : il n’y a de vraie tolérance que profondément enracinée dans le non à l’intolérable !

Georges Benne et Jean Cardonnel


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Témoignages - 82e année


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