Di sak na pou di

Noël

Georges Benne / 24 décembre 2019

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A ce seul mot, je m’enivre de joie, et je revis par la pensée les noëls de mon enfance. Jusqu’à ressentir l’odeur de la crèche et mon émerveillement devant les personnages qui sont là, plus vivants que jamais : Marie, Joseph, leur enfant nouveau-né, les rois mages, le bœuf et de l’âne… !

Dans mes lectures, j’ai retrouvé ce passage du philosophe et poète Alain que je voudrais, à cette occasion, partager avec vous :

« Ce vieux mythe de Noël nous conte, par images, une grande chose. Plus souvent qu’on ne croit, tous les jours peut-être, quelque fils de l’Esprit vient au monde entre le bœuf et l’âne. Sa mère, toute simple, et son père, un peu rustre, adorent ce petit roi qu’ils ont fait. Rien n’est plus divin sur la terre qu’un fils des siècles qui naît jeune, sans une ride sur le front, sans un nuage dans les yeux. S’il grandit entre le bœuf et l’âne, sans se mentir à lui-même, voilà l’ouvrier de justice. Voyez-le marcher sur la terre ; les choses et les hommes s’ordonnent selon leurs vrais rapports dans ses yeux, miroirs du monde. Il n’a pas quinze ans et déjà il étonne les docteurs, et il les effraye. Un mot de lui va plus loin que leurs livres. Aussi déjà ils complotent entre eux, afin de tuer ce mauvais esprit-là. Mais en attendant, il faut bien qu’ils cèdent devant cette force juvénile, qui pense avant de parler ; car le peuple écoute. Le peuple reconnaît son fils et son roi, et lui fait des triomphes. Comme la lumière dissipe les ténèbres, ainsi le Vrai prend la place du Faux, sans lutte, par sa seule présence. Les liens d’injustice se relâchent, car ce n’est qu’un nœud d’escamoteur, qui lie le travail des uns à la puissance des autres ; s’il s’agit seulement de voir, au lieu de craindre et d’espérer ; il faut dénouer, non secouer ; les esclaves étirent leurs membres, sur leur pauvre lit ; les aveugles voient, les sourds entendent ; le paralytique va marcher. »

Mais au fil du temps, cette belle lumière de Noël a pâli et le symbole a perdu tout son sens. C’est que le système politique et économique depuis longtemps mis en place a étendu sa domination sur toute la planète et a remplacé le petit Jésus de la crèche par le vieux gros papa Noël de la surconsommation !

Georges Benne