NON, Monsieur Bernard Marek !

6 novembre 2007

Vous êtes sûrement un bon professeur d’histoire. Vous avez été adjoint culturel de l’ancien maire de Saint-Paul ! Mais rien ne vous permet d’affirmer des contrevérités aux médias. Vous avez déclaré : « Outre la découverte d’un camp d’esclaves et la mission de Bruno Bizot, il n’y a jamais eu d’autres véritables chantiers de fouilles à La Réunion. »

Vous connaissant, je m’étonne de cette déclaration. Est-ce volontaire que vous ignorez l’existence du G.R.A.H.TER (Groupe de Recherches sur l’Archéologie et l’Histoire de la TErre Réunionnaise) ou vous l’éliminez de votre mémoire ? Vous nous avez reçu pendant plus d’une heure lorsque vous étiez adjoint culturel... et vous n’avez pas mis en application vos décisions concernant notre association. Alors, nous ne nous étonnons pas que votre déclaration nous laisse perplexe et plonge dans l’ignorance les lecteurs.

Devons-nous vous rappeler notre action culturelle en matière d’archéologie ?

- 1998 : Premier inventaire des sites archéologiques, soit 27 sites sur l’île.

- 1999 : Mission de plusieurs archéologues dans la forêt Tapcal à Cilaos.

- 1999 : Deux photographes de l’Ecole Nationale de la Photographie à Arles photographient les pierres de la forêt Tapcal.

- 6 juillet 1999 : Le préfet nous accorde l’autorisation d’effectuer une campagne de prospection archéologique sur le site du « Petit-Brûlé » à Sainte-Rose.

- 2000 : Première conférence internationale des archéologies de l’océan Indien. Nous avons rassemblé 12 pays de la zone et 30 archéologues.

- 2001 : Première fouille archéologique au « Petit Brûlé » à Sainte-Rose.

Par arrêté préfectoral, nous venons d’obtenir l’autorisation pour la quatrième fouille archéologique. Nous avons près de 2000 objets trouvés sous le sol Réunionnais.

Si l’histoire de La Réunion, Monsieur Marek, est récente, elle reste néanmoins basée sur des documents liés à la société de plantation : nous disposons d’informations des points de vue social, politique, économique mais pas forcément culturel. Rien sur le mode de vie de ceux qui n’avaient pas le droit d’être cités dans les écrits. En effet, où se trouve la parole des esclaves, engagés et des moins lotis ? Avec l’archéologie, notre histoire pourrait donc trouver une nouvelle version, de nouvelles interrogations. Tôt ou tard, des réponses arriveront. Mais il faut se donner les moyens. Nous nous réjouissons que Monsieur Michel Clément, directeur de l’Architecture et du Patrimoine, ait répondu favorablement à notre demande de créer un poste d’archéologue à La Réunion. L’archéologie possède une vision démocratique des choses, que l’histoire n’offre pas, dans la mesure où elle étudie l’histoire culturelle, les modes de vie, et ne prend pas en compte qu’une hiérarchie sociale. Chaque Réunionnais peut y retrouver son histoire, bien calée sur l’imaginaire, car la porte est ouverte à l’histoire de son île.

Il est temps, en 2007-2008, que nous réunissions les différents partenaires pour faire de l’archéologie un élément essentiel de notre patrimoine. Nous nous refusons de rester campés sur l’arrivée des premiers habitants au 17ème siècle. L’archéologie nous donnera un jour raison de notre supposition que l’arrivée des premiers habitants pourrait se situer aux environs du 10e siècle.

Marc Kichenapanaïdou
Président du G.R.A.H.TER
(Groupe de Recherches sur l’Archéologie
et l’Histoire de la TErre Réunionnaise)


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