Nouvel An tamoul Sarvadhârî

16 avril 2008

Le calendrier tamoul hindou traditionnel se base sur le système des yugas, à savoir des périodes immensément longues, pour que nous nous situions dans le temps. L’être humain est un être qui, comme beaucoup d’êtres vivants, aime se repérer. Deux repères sont importants pour l’Homme : le temps et l’espace.
Personne ne remet en cause notre appartenance à la galaxie nommée la Voie lactée. Personne ne remet en cause notre appartenance au système solaire. Personne ne remet en cause la situation de l’île de La Réunion dans l’Océan Indien. Personne ne remet en cause nos notions d’espace.
En ce qui concerne le temps, les repères peuvent être différents. Même si le calendrier international a pris comme référence le calendrier chrétien, les calendriers culturels ou régionaux n’ont pas tout à fait disparu. Le calendrier tamoul est un de ceux-là. C’est un repère dans le temps qui ne concerne que les Tamouls hindous.
Selon ce calendrier, nous sommes donc entrés, il y a quelques heures de cela, dans l’année 5109 du Kali Yuga ! Ce yuga doit durer 432.000 ans. Comment pouvons-nous en être certains ? Seulement en donnant le bénéfice du doute à ceux qui ont mis en place un tel calendrier.
On nous dit que le Kali yuga a commencé à la mort de Shri Krishna. Donc notre Seigneur Shri Krishna est mort, il y a quelques heures ! Nous devrions être en pleurs devant l’image de notre Seigneur puisque c’est aujourd’hui notre "Vendredi saint" ! Mais il n’en est rien ! Nous célébrons la nouvelle année dans la joie et l’allégresse en envoyant Shrî Krishna aux oubliettes ! C’est cela la beauté du Sanâtana Dharma !
Shrî Krishna nous rappelle dans le chapitre II de la Gîtâ que nous ne devons pas pleurer. « Le sage ne se lamente ni des vivants ni des morts ». (II.11), déclare-t-il.
Dans l’hindouisme, tout est là pour nous rappeler cette vérité et le nom des années du calendrier est une preuve supplémentaire de cette réalité.
Nous venons de quitter l’année Sarvajit, l’année où nous aurions dû réaliser l’omnipotence de Dieu. Nous venons de rentrer dans l’année Sarvadhârî.
Mais, au juste, qu’est-ce que Sarvadhârî ? Ce n’est pas le nom d’une personne mais c’est la qualité essentielle de l’Etre suprême - même s’Il est au-delà des qualités. Dhârî est cela qui supporte.
Nous avons dans beaucoup de chants hindous - les bhajanams - le terme "Giridhârî" par exemple. Ce terme fait référence à Shri Krishna quand il porta la montagne pour protéger les vachers contre les foudres d’Indra. "Giri" signifie la "montagne" et "dhârî", le porteur. Donc Giridhârî veut dire le porteur de montagne ! Qui peut porter une montagne sinon le Seigneur - et en plus sur son petit doigt !
"Sarva" veut dire tout. Donc "Sarvadhârî" veut dire "Celui qui porte tout".
Si Shrî Krishna porte la montagne, il est différent de la montagne ! Mais est-il possible de tout porter en étant différent du tout ? Comment porter le tout en étant à l’extérieur du tout ? C’est impossible ! Ici, porter le tout n’indique pas une relation de séparation mais une relation de pénétration, d’imprégnation. Donc, Il est là, ici présent, imprégnant tout ce qui existe, tout ce qui est perçu par nos sens et ce qui ne l’est pas aussi ! Il imprègne l’univers tout entier - et nous avec ! Comme le granit imprègne toutes les parties de ces statues dans les sanctuaires ! Comme l’eau de mer imprègne toutes les vagues et les courants de l’océan ! Comme la vie imprègne toutes les parties de notre corps ! Comme la lumière imprègne tous les personnages sur un écran de cinéma et leur donne vie ! Cela qui imprègne le tout donne l’existence au tout !
Cela est rassurant pour nous car cela veut dire qu’en réalité, Shrî Krishna n’est pas mort, il y a quelques millénaires de cela ! Il est la Vie qui est toujours présente et qui maintient tout ce qu’il y a dans cet univers, que ce soit les choses mobiles ou immobiles, que ce soit l’animé ou l’inanimé, que ce soit le perçu ou le non-perçu.
Il nous le rappelle dans le chapitre II de la Gîtâ :
« Il n’y a jamais eu un temps où Je n’étais pas, ni toi, ni ces chefs d’hommes ; et, en vérité, il n’y aura jamais de temps où nous n’existerons plus ! » (2.12)
Même si l’univers devait disparaître, cela qui est sa cause demeurera pour toujours ! C’est pour cela que dans ce temple, nous avons la statue de Shrî Medhâ Dakshinâmurtî ! C’est pour nous rappeler que, ce qu’en religion, nous appelons Dieu, est en réalité l’Omniprésence-Omniscience-Omnipotence !
Si nous comprenons cela, nous réalisons que tous les services que nous pouvons apporter à toutes les formes d’êtres vivants deviennent des adorations de l’Eternel. Nous devons sortir de notre coquille d’égoïsme pour aller servir l’Eternel qui se manifeste, non seulement en nous, mais aussi autour de nous ! Pas seulement dans notre pays, mais dans le monde tout entier ! Comme il est dit en Inde : « Service to mankind is service to God ! Servir l’humanité, c’est servir Dieu ! ».
Rien ne nous empêche de faire des pûjas - des offrandes au temple - mais si nous oublions le reste de l’univers, notre myopie spirituelle doit être corrigée ! Et le nom des années du calendrier tamoul est aussi un des moyens d’enseignement que les sages - brahmanas ou non - ont découvert pour nous faire réaliser l’Eternel !
Maintenant que nous savons ce qu’est Sarvadhârî, posons nous la question de savoir comment va s’appeler l’année prochaine. Je sais que vous allez être patient et attendre un an pour l’apprendre. Mais le chercheur n’attend pas ! Il est comme Nachiketas qui veut savoir tout de suite. Alors, je vais vous donner le nom et à vous de trouver la signification. L’année 5110 s’appellera Virodhi !
A toutes et à tous, Merveilleuse et heureuse année Sarvadhârî !

Swami Advayananda


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