On dirait le Sud

18 octobre 2007

On dirait le Sud

Évolution. C’est le nom de baptême de la petite coquille de noix perchée sur deux trépieds depuis des années. Les trous béants sur les flans nous font découvrir ses entailles. Son cœur qui saigne, cœur de petit navire abandonné. Mais il y a une grosse tache sur le tableau. Splatch ! Une épave, une vraie comme celles qui fleurissent sur les parkings des immeubles mal entretenus. Un tas de ferraille sur ses quatre roues, dépotoir coffre-fort pour sauvegarder trois pinceaux usagers et deux pots de peinture sèche. Ça gâche le paysage. Une fausse note sur la partition du port de plaisance. Esquisse de l’esquif en perdition sur le port de Saint-Pierre.
Chose promise chose due. Le terrain de pétanque de la Ravine Blanche a eu droit à son lifting. Ce n’est pas la meilleure idée de goudronner la moitié de la surface de l’aire de jeu, pour en faire un parking. Pour accueillir les nombreuses équipes de toute l’Europe et aussi des autres continents pour les grands championnats à venir, les joueurs devront attendre patiemment leur tour. Faute de place, les nuits seront blanches pendant les prochaines grandes compétitions.
Le rôle premier d’une médiathèque est la rencontre, la découverte. Un lieu vivant, bouillonnant de culture où l’on aime s’y attarder pour oublier l’espace d’un moment de la journée les contraintes du temps qui passe. C’est l’esprit contraire à la philosophie du fonds de commerce. Je viens, je paye, je repars au revoir et merci.
J’arrive la gueule enfarinée et je me retrouve le bec dans l’eau. Planté là.

- Qu’est-ce qui y’a d’écrit sur le papier, papa ?

- Ouverture de 12 heures à 18 heures, ma chérie.
Nous sommes mercredi, il est 9 heures du matin. Plantés là, devant l’immense structure de la magnifique médiathèque de la ville du Tampon. La culture tamponnaise est gratuite pour les habitants de la ville. Mais l’établissement marche sur une patte. À la moitié de son régime normal. Pendant ce temps-là, sa petite cousine, la M.J.C., est à peine à deux enjambées, saturée de monde, et les animateurs font de leur mieux pour encadrer les enfants.
À Saint-Louis, rien de nouveau, tout est vieux. Même les nids-de-poule.
Y’a que le pognon qui compte. Peu importe d’où il vient, sa couleur, son odeur. Argent sale. Argent blanchi. Peut-on ravoir à l’eau de javel toutes les magouilles ?
Tant pis pour le Sud ! C’était pourtant bien ! Hein !

Gilles la Ravine Blanche


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