‘‘On dit que je me répète...’’

27 mars 2007

Jean Cardonnel a ses amis, mais il a aussi ses détracteurs dont le trait commun, si j’ai bien entendu et si j’ai bien lu, est un refus obstiné de voir la vérité en face. Cette vérité qu’il ne cesse de proclamer au nom de l’Évangile, l’Heureuse nouvelle destinée à tous.
Ce qui les choque et les dérange au plus haut point, c’est sa liberté d’action et sa liberté de pensée, qui le placent délibérément en marge de toute catégorie, de tout cadre. Il n’est à son aise, ni dans son couvent, ni dans son ordre et, ni même dans son église plus romaine que catholique et qu’apostolique. Le plus étonnant, c’est qu’ils ne s’aperçoivent même pas que cette liberté qu’il revendique lui vient tout droit de l’Évangile.
Et parce qu’il est avant tout un homme libre, il ose dire tout haut ce que d’autres cachent ou taisent, souvent par peur, par soumission, pour suivre une conception fausse et archaïque du vœu d’obéissance, et par-dessus tout à cause d’une éducation religieuse plus subie que réellement vécue, en flagrante contradiction avec cet appel irrésistible à la liberté qui court tout au long de l’Évangile. C’est cette formation, ou plutôt cette déformation, qu’il remet constamment en question selon sa boutade « je mets à l’envers ce qu’ils ont mis aux pires endroits ». À l’exemple de son maître, Jésus-Christ, il bouscule toute hiérarchie, y compris celle de son Eglise, respectant en tout point sa Parole : « N’appelez personne sur la terre père, car seul Dieu est votre père, et vous êtes tous des frères. »
Mais la critique la plus courante qu’ils lui font aujourd’hui, c’est qu’il se répète, pour ne pas dire qu’il radote. Déjà, avant lui, Voltaire n’écrivait-il pas : « On dit que je me répète, eh bien, je me répéterai jusqu’à ce qu’on se corrige ». Dans le fait, si Jean Cardonnel se répète, c’est pour dire avec plus de force, plus de radicalité et plus de poésie aussi, cette vérité fondamentale qui va à l’encontre de l’ordre établi, du “désordre établi” comme disait Emmanuel Mounier , et c’est là qu’il se heurte à des puissances redoutables, à l’intérieur comme à l’extérieur de son Église...
Car la constante chez lui, à travers toute son œuvre, comme dans toutes ses prises de parole, c’est une fidélité à toute épreuve au Verbe fait chair, crucifié pour délit d’universelle Résurrection. Il suffit de reprendre ses premiers ouvrages comme son “Dieu est mort en Jésus-Christ” qui l’a fait connaître, pour trouver ou retrouver les principes qui l’ont toujours guidé et animé depuis sa jeunesse. À une conception, trop souvent répandue hélas ! d’un Dieu jupitérien qui écrase ses créatures de toute sa puissance, il oppose celle du Fils de l’Homme, le seul nom que se donne Dieu quand il se fait homme.

Georges Benne


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