Di sak na pou di

Oser une nouvelle culture de l’humanité

Jerry Ayan / 22 avril 2020

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Alors que le confinement s’installait sous notre sidération absolue, que l’on s’engouffrait dans le tunnel d’une crise aux relents de soufre, nous émettions tous peu ou prou les mêmes sentiments, comme une grappe de bonnes résolutions de début d’année : assurément, plus rien ne sera comme avant ; il y aura forcément un avant et un après covid 19 ; nous allons devoir réinventer nos modèles et notre société ; à nous de veiller à tirer les bonnes leçons de cette crise ;, etc.

Au 11 mai prochain, “deadline” qui n’en finit pas de provoquer réactions, remous et reflux, pourrions-nous, non seulement nous souvenir de toutes ces résolutions, mais également penser à les appliquer réellement ? Soyons en résonance avec nos espoirs d’avenir, et transformons la crise en opportunités.
Puisque le sujet de la rentrée et de l’école sème la plus grande discorde, ne serait-ce pas le bon prétexte pour enfin mettre en place les fameuses classes de 20 élèves, de proroger l’expérience de l’enseignement à distance pour certaines matières, de repenser certains contenus et programmes à l’aune des nouvelles technologies, de penser à un décalage des temps de pause et des horaires d’entrées et de sorties ?

Et si les restaurateurs veulent pouvoir à nouveau travailler et accueillir du public, cela peut se concrétiser en adaptant leurs établissements à une bien-pensance sanitaire (le vocable « distanciation sociale » me met mal à l’aise…), en restructurant l’agencement des tables de leur établissement, en créant des box et des salles privatives, et en développant de nouveaux outils comme la prise de commande par tablettes, par exemple.

Concernant le monde du spectacle, le développement de nouvelles formes de diffusion est à l’ordre du jour, en même temps qu’il s’agit d’une opportunité pour éduquer de manière différente les goûts des publics. Nous avons besoin de stars évidemment, mais la culture est avant tout affaire de nombreux artistes locaux et régionaux moins connus qui méritent une lumière plus accentuée, et la sortie de crise doit permettre de faire cet éclairage, d’autant que les déplacements entre le continent et notre île seront dans un premier temps limités.
Et puis, il y a toutes ces entreprises qui doivent pouvoir ré-embrayer sur leurs activités dans des conditions de sécurité revisitées. Si la grande distribution a dû rapidement s’adapter aux contraintes corona-virées, et a plutôt bien réussi dans cette tâche, les autres métiers et secteurs d’activité doivent pouvoir en faire de même. La réflexion est déjà largement menée au sein des organismes professionnels.

Il en va ainsi d’un nécessaire engagement de redressement social et économique, en même temps d’assurer une bonne santé mentale et psychologique à une population qui ressent, jour de confinement après jour de confinement, une pression morale ascendante. Cela passe toutefois par un préambule obligé : la sécurité sanitaire qui exige des masques, des tests de dépistage, du matériel pour les soignants, et des outils de sensibilisation et de précautions pour les particuliers.

À ce sujet, on sait que ces applis de tracking, même anonymisé, soulèvent de vives inquiétudes, quand bien même nous avons l’habitude de laisser d’innombrables traces sur les réseaux sociaux en particulier, et sur le net en général. Faut-il s’amuser ou s’inquiéter de cette conception paradoxale, voire schizophrénique du monde digital ?
D’autres projets existent, qui vont permettre d’être alertés lorsque les gestes barrière seront oubliés, qui vont optimiser et mutualiser les e-commandes, qui vont rapprocher les consommateurs des producteurs pour privilégier les circuits courts, etc. Il faudra accepter, dompter et vivre avec ces outils.

Nous avons tous suffisamment parlé de changement de paradigme, de changement de culture, de changement sociétal. Sortir avec un masque, se dire bonjour de façon différente, être à l’écoute de son appli de tracking, tout cela fera partie cette nouvelle culture de l’humanité qu’il nous faut oser.
En ce sens, il nous faut sortir le plus rapidement de l’ornière, et profiter de ces temps de réflexion pour anticiper sur un nouveau monde. Si rien ne change, le Covid-19 aura gagné… Et notre « vieux monde », violemment consumériste et financiarisé, aussi… Est-ce cela que nous voulons transmettre à nos enfants ?

Jerry Ayan