Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
5 janvier 2011

« Le slogan “Asé kraz anou nou memm” doit être discuté et répandu, en lui donnant comme perspective la transformation de la société… », écrivait notre camarade Laurent Vergès. Aujourd’hui encore, cette exigence est toujours aussi prégnante et plus que jamais d’actualité.
Il y a toujours et encore des chiffres qui montrent que la violence est importante à La Réunion. Ce constat soutenu à chaque drame, ou alors étrangement à l’honneur dans une étude commandée par l’IRT, doit-il démontrer que « l’homme à La Réunion est plus violent qu’ailleurs » ? N’y a-t-il qu’une violence de faits comme veulent nous le faire croire des statistiques appuyées, ou y a-t-il une violence héritée, entretenue par tout un système de vie, de communication-marketing, de non-consommation génératrice de frustrations, d’inhibitions, de rabaissement ?
Pourquoi dans les faits-divers s’entend-on à montrer, à stigmatiser les violences conjugales sans pour autant montrer l’autre partie du problème, ces hommes, ces femmes, les familles qui en sont conscients, qui cherchent le moyen de s’en sortir et qui réclament de l’aide (réaction site journal “Témoignages” article "Obligation de soin pour les hommes violents").
Il ne s’agit pas de passer sous silence les actes de barbarie, là n’est pas mon propos, bien sûr qu’il faut les dénoncer, mais pour quelle suite ?... Tout ce battage médiatique auquel se rend complice l’IRT sans toucher la réalité réunionnaise, ne risque-t-il pas d’entretenir une idée que l’on ne peut se comporter autrement ? Que met-on en comparaison, en proposition, lorsque l’on traite ce sujet ? Et pour dire que l’on peut être autrement sous les feux des projecteurs ? Pourquoi n’a-t-on pas fait des pages et des pages entières sur cet héroïsme qui a conduit un père de famille à franchir les flammes pour sauver son enfant ?
Pourquoi est-il inutile de montrer que l’homme réunionnais est capable de labeur, de sacrifices, de résignations pour sa famille ? Tous ceux qui travaillent la terre sous le soleil, qui bravent la dureté de la vie pour envoyer aux études leur enfant ? Tous ceux qui relèvent de défi de fournir l’électricité sur une île comme la nôtre (est perçu comme une promotion que d’être en mission sur le réseau électrique de l’île tant le travail est complexe et relève de l’ingénierie, ou plutôt du génie), ou suspendus dans le vide bâtissent des infrastructures, sécurisent les routes, laissent leur vie sur des chantiers pour nos besoins en développement… ?
Où sont ces portraits de ces hommes et de ces femmes confrontés à la cherté de la vie entassée quand ils ont de la chance d’avoir un loyer dans des logements sociaux, sans perspectives d’épanouissement, privés de travail, privés de loisirs, sans aucun moyen de déplacements, obligés à survivre, confinés dans la promiscuité des espaces réduits, sans pouvoir imaginer un autre destin, ayant au quotidien pour seul challenge de faire durer le bazar comme on fait “cumer” la mousse pour faire durer le savon ?
Traiter la violence dans son ensemble, réfléchir à ses causes, c’est refuser de “banaliser” les conséquences qui en découlent, c’est une question d’équité, d’égalité de chance pour les mentalités à venir, pour les mentalités à devenir…
Mais ces portraits ne vont pas vendre le papier, ou plutôt ne correspondent pas aux objectifs de rabaissement du peuple réunionnais. Certains de nos parlementaires savent y faire depuis la pile plate brandie à l’Assemblée nationale aux récentes décisions suicidaires qui privent La Réunion d’emplois. Faudra-t-il se contenter du cliché chiens appâts, chikungunya, des études sectorielles, la pseudo-violence, pour développer l’écotourisme, avec en prime des embouteillages monstres à la sortie de Gillot pour découvrir cette “caricature-organisée” ? Ou alors se rendre complice des éloges de notre « célèbre tour opérateur international », engagé dans un débat passionnant sur les langues régionales à propos de notre magnifique “kosé”, et qui s’est finalement réduite à une démonstration “katastrophe”.
A ce constat déplorable, où donc se situe la violence ? Dans nos villes ou dans les institutions ?...
C’est cette violence qu’il faut dénoncer !
Célimène Frasie
Courrier des lecteurs
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