Di sak na pou di

Oui M. François Maugis la connaissance devrait s’incarner

Frédéric Paulus / 5 décembre 2017

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Georges Charpak, avec ses propositions pédagogiques de « La main à la pâte », proclamait à qui voulait l’entendre cette évidence selon laquelle l’incarnation de la connaissance ne l’est pas pour tout le monde. On s’aperçoit des habitudes de penser qui pèsent sur les esprits et les attitudes scolaires familières. Je fondais quelques espoirs du côté des psychologues du développement de l’enfant en la personne de Roger Lécuyer lequel avait publié en 1989 « Bébés astronomes, bébés psychologues », un titre d’ouvrage peu académique certes ! Il s’opposa à la conception piagétienne qui proposait de considérer l’intelligence de l’enfant comme tributaire de l’action, affirmant qu’elle était avant tout « perceptive et sociale ». Elle s’affirme avec les perceptions visuelles alors que l’incontournable psychologue suisse soutenait qu’elle s’étayait en fonction de la sensori-motricité. Un pédiatre, Albert Grenier, aura montré en 1983, au deuxième Congrès de psychiatrie du nourrisson (à Cannes où j’étais présent) que le bébé pouvait saisir son stéthoscope de médecin trois jours après sa naissance (vidéo à l’appui) à condition de tenir la nuque du bébé. Dès lors, sa motricité libérée, il pouvait saisir cet instrument qui l’aura intrigué. Les psychologues dans la lignée de Jean Piaget ignoreront encore de nos jours la constatation de ce pédiatre qui bousculait subitement les habitudes de pensée, lui qui ne demeurait « qu’un » praticien de la pédiatrie.

Pour revenir à Roger Lécuyer, celui-ci publie récemment un ouvrage (où le pédiatre Grenier passe à la trappe !), « La construction des premières connaissances », (2014). Il se pose encore la question de savoir « si la capacité de catégorisation est présente avant la naissance », p. 201. On se demande si ce chercheur, professeur émérite de psychologie, (Paris V) qui fut un temps président d’une fédération de psychologues (donc influent dans cette corporation) aura été informé des recherches fondamentales sur la sensorialité fœtale. A la fin de cet ouvrage, en références bibliographiques, vous ne trouverez pas trois auteurs qui me semblent incontournables. Je veux parler du grand chercheur Alain Berthoz qui aura étudié « Le sens du mouvement », (1997), où il affirme preuves à l’appui que « notre cerveau n’est pas un calculateur prudent qui nous adapte au monde, c’est un simulateur prodige qui invente des hypothèses, modélise et trouve des solutions qu’il projette sur le monde. Cette intuition de philosophe se présente ici comme une propriété physiologique ». Vous ne trouverez pas Giacomo Rizzolatti l’auteur des découvertes liées aux « neurones miroirs » qui montrent qu’un bébé ressent la gestuelle de ses proches perçue (par ses yeux !) et ne peut s’en protéger lorsque celle-ci est menaçante. Vous ne trouvez pas cité le très beau livre « La curiosité, éthologie et psychologie » de Stéphane Jacob de l’université de Lille 3 spécialiste en éthologie…

Edgar Morin aura depuis longtemps dénoncé le cloisonnement disciplinaire des chercheurs qui ne regardent pas chez le voisin si un vent frais de révolution conceptuelle revigore les neurones. Ah ! le poids des habitudes de penser ! « Le morcellement et la compartementalisation de la connaissance en disciplines non communicantes rendent inaptes à percevoir et concevoir les problèmes fondamentaux et globaux », p 240, « La Voie, Pour l’avenir de l’humanité », 2012.

Frédéric Paulus, Cévoi