Outre-mer : Sarkozy rouvre le débat sur l’égalité

25 juin 2009

« Je ne peux pas parler de l’égalité sans penser à nos compatriotes d’Outre-mer. Comment pourraient-ils se sentir pleinement citoyens de notre République si notre République tient si peu à leur égard la promesse d’égalité qu’elle fait à tous les citoyens », vient de dire Nicolas Sarkozy devant le Congrès réuni à Versailles. Le Président de la République assure qu’à l’occasion de son déplacement aux Antilles, il parlera des « moyens par lesquels la République pourra tenir ses engagements ». « Nous ne pouvons pas, là non plus, au nom d’une conception exclusivement formelle de l’égalité, laisser perdurer une situation aussi contraire à nos principes. Je ne m’y résignerai pas », a-t-il conclu sur ce point.
Le Chef de l’Etat relance donc le concept de l’Egalité tout en ne précisant pas s’il s’agit d’égalité individuelle ou collective. Tout laisse entendre qu’il mélange les deux notions.
Le 12 juillet 2006, à l’occasion de la Convention UMP sur l’Outre-mer, il constatait à propos des collectivités de l’Outre-mer : « ces territoires font partie intégrante de la République, leurs handicaps en matière de développement sont objectivement mesurables. La solidarité la plus élémentaire, non pas celle des mots, mais celle des actes, justifie donc une approche en termes de discrimination positive territoriale ».
Dans son intervention devant le Congrès, il explique : « je ne veux pas ouvrir le débat sur le terme de discrimination positive dont j’ai conscience qu’il renvoie à des histoires, à des traditions différentes des nôtres. Mais je veux dire que pour atteindre l’égalité, il faut savoir donner plus à ceux qui en ont moins ; il faut savoir compenser les handicaps de ceux auxquels la vie a donné d’emblée moins de chance de réussir à tous les autres ».
La liste des « handicaps » que connaissent les Réunionnais est connue. Ils vont d’un taux élevé d’illettrés à celui du manque cruel de logements sociaux en passant par un chômage très élevé, pour ne prendre que les principaux problèmes, sans compter des difficultés de désenclavement de l’île. Or, de manière implicite, le Chef de l’Etat reconnaît dans son discours que les solutions imaginées n’ont pas fait recette puisqu’il dit vouloir proposer de nouveaux moyens. Lesquels ?
Par ailleurs, dans son intervention, Nicolas Sarkozy annonce la création d’un emprunt qui sera consacré au financement de « priorités stratégiques pour l’avenir » définies après trois mois de concertation. Les Réunionnais seront-ils invités à faire connaître leurs priorités ?
Mais, dans leur lecture du discours du Chef de l’Etat, nos compatriotes ne doivent pas s’arrêter à la seule partie concernant l’Outre-mer. Un peu plus loin, Nicolas Sarkozy affirme sa volonté de faire des économies : diminution du nombre de fonctionnaires, réforme des retraites… Une éventuelle remise en cause de la sur-rémunération pourrait alors revenir sur le tapis. Le Chef de l’Etat ajoute aussi : « nous ne nous déroberons pas devant l’effort qui sera demandé à toutes les collectivités. On ne peut pas exiger de l’Etat d’être seul face au défi gigantesque qui consiste à faire de l’économie française une économie de production ». Cette orientation sera-t-elle imposée aux collectivités de l’Outre-mer ? Or, leur situation justifierait, selon le Président lui-même, « une approche en termes de discrimination positive territoriale » !

MS


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Témoignages - 82e année


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