Di sak na pou di

Paillotes, chômage, misères et terre promise…

Courrier des lecteurs de Témoignages / 19 avril 2018

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Depuis ces derniers temps, c’est l’affaire des paillotes « hors-la-loi » qui mobilise beaucoup d’énergies sur notre île. On est d’accord sur le fond ! Sur ce sujet il faut faire respecter la loi, le littoral maritime, la nature, mais aussi, convenons-en, les personnes et les biens, même si ces derniers n’ont pas du tout la cote sur le trait de côte.

Ça a débordé. Ce n’était pas bien. Noré pu éviter. Je dis ça mais en même temps fo pas ravagé non plus ôté ! Parce qu’avec la vitesse où ils s‘agrandissent, on trouverait bientôt des restaurants sur pilotis dans le lagon ! Ça va trop loin là et c’est peu de le dire !
Tout ça devrait apparemment se régler dans le bon droit, pour éviter que ça aille encore de travers.
Quand on est à La Réunion et on aime cette île, on la respecte et on la protège, du « battant des lames au sommet des montagnes », kom i dit.

Sinon « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil ». La vie poursuit son cours à côté des péripéties des paillotes en fautes. Parce qu’à la Réunion, nous avons toujours, entre autres difficultés :
- Près de 141 000 demandeurs d’emplois - Travay la poin.
- 332 000 personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, ce qui représente 4 Réunionnais sur 10. L’euro lé rare pou trop d’moune ke la poin souvent rien pou mangé.
- Plus de 21 000 personnes qui attendent un logement - la kaz la point et i fé pas assez.
- Un jeune sur trois qui sort du système scolaire sans diplôme - l’avenir lé en souffrance.

De plus, nous avons des gens qui se maltraitent, i jure à zot, n’arrivent plus à s’apprécier et noircissent leurs âmes. Respé nana mais lé dann brouillard !
J’en passe et des meilleurs… ou des pires. Le plus grave c’est que ces difficultés maintes fois répétées, arrivent par devenir d’une dangereuse banalité.

Bien évidemment, il y a aussi du bien, du beau et du très bon sur notre île. Dieu merci. Cependant, la noirceur manifeste de nos quotidiens l’emporte trop souvent sur nos esprits alertes, éclairés, volontaires et bienveillants.

« Viens dans la lumière. Rest pa dann fénoir » nous a lancé le pape Jean-Paul II, lors de son passage à La Réunion en 1989. Cet appel gardé religieusement dans nos mémoires, devrait nous conscientiser davantage devant l’ampleur des tâches à accomplir.

Il y a tant d’énergies encore à mobiliser pou tire nout ti péi dann malizé et en faire une terre de solidarité, de réussite partagée, d’excellence et de concorde ! Ce défi que La Réunion s’est lancée depuis longtemps, est loin et on le sait tous, d’être un long fleuve tranquille. Les choses avancent lentement, surement mais encore trop difficilement.

Quoiqu’il en soit, hier est derrière. Demain n’existe pas encore. Alors vivons et soyons pleinement actif dans chaque instant présent. « A chaque jour suffit sa peine ».

Henry Hippolyte