Penser libre, hors réflexes coloniaux

30 mars 2018, par Radjah Veloupoulé

Radjah Veloupoulé

Frantz Fanon écrit en 1952, « Peaux noires, masques blancs », pourquoi ? Il constate en tant que psychiatre, que la population issue de la colonisation française, souffre de syndromes qui se répercutent sur leurs personnalités, et entrainent des dysfonctionnements dans leurs vies quotidiennes.

Le livre, est un diagnostic clinique de ce qu’il constate en tant que thérapeute sur les symptômes les plus courants. Le “Noir” tel qu’il se définit, le colonisé donc, souffre d’une pathologie mentale, face au “blanc”, le colonisateur. De cette situation, plusieurs cas se distinguent. Un complexe d’infériorité, par rapport au langage, créole-français, d’abord, ce que l’on appellera la diglossie. Une insuffisance de reconnaissance, dans ce qui constitue un rapport au monde dans ce qu’on exprime affectivement et intellectuellement. Puis une infériorité dans la relation sentimentale, puisque le “blanc” constitue une élévation dans la sphère sociale et psychologique, car faisant office de sortie définitive hors les “colonisés”.

Ainsi s’instaure une duplicité, qui dépersonnalise le “noir” de son lieu d’origine, en lui offrant les avantages et le sentiment de son évasion hors sa condition de colonisé. En même temps, s’ajoute le rejet des structures fondamentales que constituent la langue et la religion. Le “noir” devient un “blanc” d’emprunt. Il se sent revivre, car endossant les habits du colonisateur, il s’investit du pouvoir colonial, et de ce fait, se permet des jugements péremptoires sur ces “sauvages” qui ne savent même pas se civiliser, ces ignorants que l’on doit absolument mettre à la hauteur.

S’ensuit un mécanisme psychologique bien connu, celui du rejet et du contre-rejet, ou se déclarant déçu de son escapade hors ses repères d’origine, le colonisé devient plus “noir” que “noir”. La religion devient une arme de combat, et l’extrémisme exerce sa séduction.

Je ne me permettrai pas une explication des dérives actuelles, mais pour ce qui concerne La Reunion, l’urgence est à venir. Une société colonisée, conserve en elle les germes de la pathologie coloniale. Et chacun devrait comprendre que si la prévention ne s’accompagne pas d’une prise de conscience de sa propre condition, il deviendra extrêmement difficile d’endiguer des flots de violence qui font office d’exutoire par rapport à une situation explosive. Le colonisé n’accepte pas sa condition éternellement. Il devient à la longue, un forcené qui s’étrangle de sa propre violence. Le temps ne fait que comprimer cette dévalorisation, que ne compense pas le statut du travailleur, car emploi inexistant.

Donc les personnes responsables devraient se plonger dans les hypothèses qui permettraient de sortir d’une spirale qui devient chaque jour plus alarmante. L’étude de textes, comme ceux de Frantz Fanon, Albert Memmi, Homi Baba, Arjun Appadurai, sur la post-colonialité, serait un vecteur important de prévention des risques de la catharsis des affects dans une société post-coloniale, sans compter les apports précieux de la psychologie positive, dans une île de La Reunion, ou n’existe pas encore un département des sciences humaines digne de ce nom, à l’université. Nous observons actuellement des drames qui ne pourront que se rapprocher si nous espérons, comme l’autruche, que vaut mieux tête sous le sable, que confrontation avec le vent.

Radjah Veloupoulé


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