« Pharmaciens, dentistes, notaires... »

14 janvier 2008

Chirac, il y a peu, fut qualifié de super-menteur, mais son successeur, qui fut quatre fois son ministre, n’a rien à lui envier. Ainsi, après s’être engagé à ne pas toucher aux 35 heures, est-il en train de les démolir. De même son Premier ministre et son ministre de l’outre-mer promettent de baisser le prix des médicaments, mais, en novembre, les députés et les sénateurs de droite ont voté la suppression de la taxe exceptionnelle sur le chiffre d’affaires des laboratoires et des grossistes instaurée en 1999 par la socialiste Martine Aubry pour renflouer la Sécurité Sociale. Soit ils font des promesses en l’air, soit, en effet, c’est tout particulièrement aux pharmaciens d’outre-mer qu’ils veulent s’en prendre et là il est tout à fait intéressant de noter les contradictions contenues dans le discours tenu, au nom des pharmaciens réunionnais, par Mario Lechat, sur RFO mardi dernier.
En effet, il revendiquait son train de vie acquis par son travail : « Je vis bien, j’ai une belle voiture... » Il revendiquait la méritocratie qui fait que certains, par de studieuses études, avaient réussi à devenir « pharmaciens, dentistes, notaires, hauts fonctionnaires... » et que c’était normal qu’ils recueillent le fruit de leur labeur, mais en même temps il dénonçait la dérive de la société française vers l’ultra-libéraliste américain, le démantèlement de la solidarité nationale contenue dans la Sécurité Sociale au profit du chacun pour soi des assurances privées.
Il est plus que temps qu’un certain nombre de catégories sociales, jusqu’ici à l’abri du besoin, et qui, d’une manière oU d’une autre, dépendent de la solidarité nationale et des investissements publics, avocats, architectes, fonctionnaires... se rendent compte qu’elles sont en train de basculer de l’autre côté de la barrière, et que du monde des inclus elles risquent de passer dans celui des exclus, comme ces employés de l’Education Nationale au premier janvier. Il n’est pas sûr que le statut de fonctionnaire persiste, que l’Etat continue à subventionner de grands travaux, la culture... Quel sera le prochain budget des radios et télévisions publiques ?

Nous allons vers une société où il y aura de moins en moins de riches, mais ces quelques riches seront de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus nombreux et de plus démunis. C’est cela que nous voulons ?

Jean-Pierre Espéret


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Témoignages - 82e année


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