Pierre Rabhi ou « la sobriété heureuse »

6 décembre 2021, par Radjah Veloupoulé

« J’avais vingt ans et la modernité m’est apparue comme une immense imposture ».Pierre Rabhi, a 20 ans, à la fin des années 50, lorsqu’il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol qu’ont commencé à dessiner sous ses yeux, ce que l’on nommera plus tard « les Trente Glorieuses ».

« Cultiver son jardin ou s’adonner à n’importe quelle activité créatrice d’autonomie, sera considéré comme un acte politique, un acte de légitime résistance à la dépendance et à l’asservissement de la personne humaine ».

De son vrai nom Rabah Rabhi, né le 29 mai 1938 à Kenadsa en Algérie, cet homme a vécu sa pensée, et a transmis son vécu. Essayiste, romancier, agriculteur, philosophe, conférencier, écologiste, sage de notre temps, il fut avant tout le témoin lucide de notre époque, en guerre pacifique contre l’hyper -consommation, la surproduction des riches et la malnutrition généralisée.
Face à la société de surabondance sans joie, et non sans misère matérielle, dans laquelle les pays dits développés sont enlisés, la « sobriété heureuse » représente une alternative réaliste. Force de libération physique et morale, elle est un acte politique de légitime résistance, comme le Mahatma Gandhi en son temps, face à cette machine de production capitaliste, qui détruit la planète et aliène la personne humaine. Les réflexes boulimiques du toujours plus, la progression de la fracture nantis-démunis, préparent un champ de ruines, sur lequel nous divisons l’humanité, et alimentons l’appétit vorace de quelques-uns, au détriment de la majorité souffrante.

Pour en avoir fait une option de vie depuis plusieurs années, Pierre Rabhi nous a fait part des actions concrètes menées en faveur de la sobriété, valeur d’équilibre et de bien-être. Il nous invite à une forme de simplicité et de gratitude, qui, en s’épanouissant au plus profond de notre être, donne à notre présence au monde un sens et une légèreté singulière, fruit d’une méditation sur la démesure et l’impermanence humaines.

« Désormais, la plus haute, la plus belle performance que devra réaliser l’humanité, sera de répondre à ses besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cultiver son jardin ou s’adonner à n’importe quelle activité créatrice d’autonomie, sera considéré comme un acte politique, un acte de légitime résistance à la dépendance et à l’asservissement de la personne humaine ».

Il est impossible de maintenir encore longtemps l’idéologie d’une croissance infinie. Il est avéré que celle-ci est destructrice et insoutenable d’un point de vue biologique et géologique. Le soi-disant progrès agronomique détruit le rapport protecteur des paysans avec leur terre, et crée une pauvreté dont ils ont bien du mal à se remettre. En fait, cette politique serait en train de les tuer au nom du profit, purement et simplement.

Cependant, petit à petit, chacun faisant sa part, comme le colibri, il est possible de tourner le dos à un mode d’existence qui nous épuise, et épuise la Terre que nous habitons tous, car « la vie n’est une belle aventure que lorsqu’elle est jalonnée de petits ou grands défis à surmonter, qui entretiennent la vigilance, suscitent la créativité, stimulent l’imagination, et, pour tout dire, déclenchent l’enthousiasme, à savoir le divin en nous. »

Radjah Veloupoulé

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