Point trop n’en faut, Monsieur le Président

18 octobre 2007

L’interview du Président de la CCIR dans le “JIR” économique du lundi 8 octobre m’interpelle en ma qualité de syndicaliste et citoyen soucieux du développement de son île.

Affirmer dans un langage (décomplexé !) que les PME sont obligés de compresser les salaires (n’est-ce pas une position facile et en tout cas discutable ?) bloque toute négociation salariale pourtant plus que jamais nécessaire. Il est vrai que M. le Président tente une protection en disant qu’il parle de tous les coûts de l’entreprise. C’est pour l’oublier juste après l’avoir exprimé !

La Réunion connaît des prix élevés et augmentant plus vite qu’en Métropole.

Il n’y a pas de véritables négociations salariales. Elles restent scotchées, pour l’essentiel et encore, là où il y a des syndicats, à l’inflation. Mais la participation des salariés aux fruits de la croissance (d’où le passage du SMIG au SMIC), et la question fondamentale de la répartition des richesses créées restent plus que jamais des enjeux incontournables.

Aujourd’hui, le patronat négocie sur des éléments « déchargés » comme il dit. Le mot salaire devient tabou. Tant pis pour la vieillesse. Tant pis pour l’avenir.

Les négociations salariales piétinent.

La smicardisation rampante, la généralisation du SMIC sont des réalités, qui plus est intervenant dans un contexte de précarité et de temps partiel imposé.

Le réel problème du pouvoir d’achat ne peut se résoudre seulement à d’éventuelles actions sur les prix... aux conséquences de moyen / long terme.

Les entreprises, dites-vous, ne peuvent être compétitives que si elles pratiquent une politique de bas salaires. C’est certainement ce qui s’appelle “(placer) La Réunion dans un processus d’excellence et de développement” !

Et tenons-nous bien ! Augmenter les salaires, c’est faire du « clientélisme ». Après avoir dégoisé sur les tables sacrées du libéralisme économique (loi de l’offre et de la demande, compétitivité)... M. le Président, vous ramenez la revendication salariale à du clientélisme. Cet argument n’en est pas un : il plaide contre son auteur.

Alors, vous vous faite le défenseur actif du « travailler plus pour gagner plus » qui est une tromperie pour énormément de salariés, et le salariat dans son ensemble. Une politique qui tourne le dos à la question de l’emploi.

Il s’agit de remettre en cause les 35 heures et la durée légale du travail, d’une offensive contre les valeurs solidaires, les services publics et prônant une individualisation forte des rapports salariaux, voire des rapports sociaux (j’ai eu tort de croire que vous n’étiez pas un opposant aux 35 heures).

C’est l’occasion, pour vous, d’une petite rengaine sur la valeur Travail... que M. le Président de la République serait en train de réhabiliter (les syndicats n’ont pas le même avis).
Une valeur aussi centrale que le Travail mérite certainement mieux que cette attaque frontale contre les travailleurs et le travail.

Une telle affirmation sonne faux, après la réforme fiscale et le projet de loi de finances 2008 qui font la part belle à la France qui se lève tard, à celle des rentiers, à celle qui se ramasse 15 millions d’euros au titre de la réforme fiscale.

Après l’épisode de la lettre de Guy Moquet et les drapeaux de Ségolène, M. le Président fustige les assistés qui n’ont « plus d’ambition pour (leur) pays »... et se désespère de cette population réunionnaise qui tarde à s’interroger.

Et inévitablement, tout cela l’amène à encenser, sans le dire (c’est ça la diplomatie, d’autres diront langue de bois), le gouvernement et M Sarkozy, en en rajoutant (sur la compatibilité du calendrier relatif à la loi-programme et du temps nécessaire à la discussion locale !).

Non, M. le Président, ne vous en déplaise, la revendication salariale est un élément essentiel du dialogue social. Afin que le concept de développement durable ne soit pas dévoyé, nous nous devons de le mettre au centre de notre réflexion sur le développement de l’île.

Et puis, le développement ne peut se résumer à « offrir un projet économique aux 250.000 enfants scolarisés, aux 17.000 étudiants et à nos élites ».

Quelle étroitesse de vue, quelle approche partisane !

Ou comment créer les conditions d’un impossible « dialogue social ».

Ivan Hoareau,
syndicaliste


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Témoignages - 82e année


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