Populations transportées

22 décembre 2007

Après la collision d’un kwassa-kwassa par une vedette la police dans le lagon de Mayotte, entraînant la noyade d’une dizaine de personnes dont des mamans et leurs enfants, les événements de Saint-André remettent sous les projecteurs le problème lancinant des distorsions sociales à La Réunion, dans l’Océan Indien, en France et dans le Monde.
Le problème de La Réunion n’est pas très éloigné de celui des banlieues métropolitaines : les jeunes désoeuvrés des Camélias face aux nantis de Bellepierre comme les nantis d’Auteuil face aux désoeuvrés de la Courneuve. Comment, quand on est intoxiqué toute la journée par le matraquage publicitaire, résister aux tentations de la délinquance ? Et les émigrés dociles, prêts à travailler jour et nuit pour un salaire de misère non déclaré, voient les enfants qu’ils n’ont pas le temps d’éduquer correctement devenir des loups vivants en bandes, suivant les yeux fermés des meneurs qui les supplantent.
Réponse de Sarkozy : la répression. Et c’est là que la machine se grippe. Car après avoir fait de somptueux cadeaux fiscaux aux très riches, après s’être octroyé un salaire impérial, il faut songer au déficit de l’Etat et donc réduire son budget, et pour cela on diminue de moitié le nombre des fonctionnaires, c’est à dire des policiers, des juges, des assistantes sociales, des éducateurs, des enseignants... Ce qui fait que la promesse faite à Saint André d’y installer un commissariat, on risque dans les années qui viennent de la réitérer dans toutes les banlieues de Métropole et d’Outre-mer où ne manqueront pas d’avoir lieu des échauffourées et que les policiers, comme les carabiniers de la chanson, par un malheureux hasard, risquent d’arriver en retard. D’où la lumineuse idée du Maire de la ville lumière : engager des nervis ! C’est sûr, on avance ! On ressort aussi les sabres et les fusils ? On s’enferme derrière des grilles avec des miradors et des chiens ? Privatisation de la police, privatisation de la santé, de l’école... privatisation de tout, privés de tout. L’égalité disparaît, disparaissent également la fraternité et la liberté.
Même impasse à l’échelle des Comores. La différence de protection sociale entre la Réunion et Mayotte, la différence de niveau de vie entre Mayotte et Anjouan entraînent des mouvements de population aussi inéluctables qu’un courant d’air entre une masse d’air chaud et une masse d’air froide. Croire que la solution, aussi bien ici, qu’en Guyane, qu’à Gibraltar, qu’à El Paso... c’est la reconduite à la frontière, c’est croire qu’on peut vider la mer avec une cuillère. Non, ce qu’il faut c’est une véritable coopération, et en finir avec cette mentalité de requins. Guerlain ne peut pas réduire un peu ses marges pour payer décemment ses ramasseurs d’ylang-ylang ? Quel est le budget et quelles sont les ambitions de la Francophonie ? Quels objectifs sanitaires pour l’Océan Indien ? Quelles formations ? Nous ne gagnerons rien à nous barricader, que la peur et la haine. Nous grandirons à nous ouvrir, nous grandirons dans la générosité.

Jean-Pierre Espéret


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