Pour que le peuple participe

7 novembre 2006

Pour faire vivre la République, pour donner chair à chacun des trois mots de sa belle devise, dont on ne finira jamais d’épuiser le contenu, ni de mesurer toutes les implications, Ségolène Royal semble avoir choisi une voie différente des autres candidats. Dans cette campagne pour les élections présidentielles, elle apporte un souffle nouveau, un langage neuf auxquels, il faut le reconnaître, ses compatriotes étaient peu habitués jusque-là.

Mais les idées qu’elle lance provoquent chez certains l’agacement, l’irritation, voire l’hostilité. Surtout chez tous ceux qui se trouvent confortablement installés dans leurs préjugés de pseudo républicains, qui ne veulent rien changer en profondeur et qui sont devenus, de fait, des conservateurs. De droite comme de gauche, parmi les camarades de son propre parti, qui se drapent volontiers dans la social-démocratie que chacun a pu déjà voir à l’œuvre, ne serait-ce que dans divers pays d’Europe à travers le flux croissant des nouveaux pauvres, des chômeurs, des ‘‘délocalisés’’, des précaires... et à travers le développement simultané des capitaux privés, des affaires et des scandales financiers de toutes sortes...

Comme si les Françaises et les Français, dans leur grande majorité, pouvaient se satisfaire pleinement de la manière dont leur pays est gouverné. Tant il est clair que le peuple de France se sent de plus en plus absent des grandes décisions qui sont prises en son nom et qui, pourtant, concernent sa vie de chaque jour. Et ce n’est pas ce président étonnamment sourd à ses aspirations, souvent fluctuant, ni cette assemblée monocolore, à sa dévotion, qui peuvent démontrer le contraire. Plus que jamais, face à la mondialisation qui étend partout ses ravages, - dans le monde entier, donc en Europe et en France -, la République apparaît désormais comme la seule alternative. Ou la République ou l’économie de marché, tel est le défi posé aux hommes, aux femmes et aux enfants de ce siècle.

Dans cette bataille électorale dont l’enjeu est loin d’être clairement perçu, où les forces de l’argent mènent toujours le bal, directement ou indirectement par groupes ou personnes interposés, avec la complicité de tous ces marchands d’équivoque et d’illusions, la fragile lumière portée aujourd’hui par

Ségolène sera-t-elle assez forte demain pour entraîner le plus grand nombre possible vers plus de liberté, plus d’égalité et partant plus de fraternité, et balayer du même coup tous les faux-fuyants du monde politique ? Quand elle parle de « démocratie participative », elle suscite naturellement ici ou là sarcasmes et moqueries, mais c’est pourtant là l’acte essentiel de la citoyenneté ; lorsqu’elle propose une « surveillance populaire » des élus dont beaucoup, ce n’est un secret pour personne, se sont disqualifiés dans l’exercice de leurs fonctions, elle ne fait que réclamer l’élémentaire, c’est-à-dire le contrôle normal pour tout citoyen et citoyenne de la gestion de sa commune, de la gestion de son pays : « Il ne s’agit pas d’un mouvement de défiance à l’égard des élus mais bien au contraire de savoir comment une participation populaire peut aider les élus à accomplir leur mandat », a-t-elle raison de préciser. Et d’expliquer tout aussi clairement : « Pour essayer d’associer ceux qui se sentent déconnectés des affaires publiques, on va les chercher : on leur propose de venir participer à des jurys de citoyens qui comparent les promesses avec les résultats »

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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