Di sak na pou di

Pourquoi cette dérive de l’animal humain ?

François Maugis / 11 mars 2019

JPEG - 17.3 ko

Si je vous dis : l’homme est un animal, je serais incomplet et vous ne seriez probablement pas tous d’accord. Mais si j’ajoute que c’est un animal raté, je suis dans le vrai et vous serez tous contre moi. Je m’explique donc.
Il y a plus de trois ans, abasourdi par l’invraisemblable pagaille du Monde, je me posais la question suivante : « L’être humain est-il un fou furieux ou un handicapé génial ? » et j’ajoutais : « L’être humain est un animal physiquement diminué mais au cerveau anormalement développé [1]. Cela lui donne la capacité de s’apitoyer sur son sort mais surtout, d’imaginer d’invraisemblables stratégies pour compenser cette infériorité. Là où il se trompe c’est qu’il pense être supérieur au monde vivant et le dominer. Oui, un aveugle a souvent les autres sens plus développés mais il reste un aveugle. L’être humain serait donc un aveugle qui croit voir mieux que les autres. Cette sorte de délire de persécution risque de le perdre à tout jamais. À moins que, comme le disait mon génial professeur de mathématique Dutilleul : L’intelligence supplée à tous les autres troubles de l’humain » (article 1064 du 9 janvier 2016).

Entre temps est paru le surprenant livre de Monsieur Yuval Noah HARARI [2] qui répond à la question qui me taraude depuis toujours : Pourquoi cette dérive de l’animal humain ?
Dans les pays dits tempérés ou froid, après un long hiver, c’est l’explosion de la vie au printemps. C’est après une enfance longue et en deux étapes (la chenille et la chrysalide) que nous assistons à cette explosion de vie et de couleurs qu’est un papillon. On pouvait se demander pourquoi l’espèce humaine a explosé de la sorte, jusqu’à prétendre conquérir l’espace ? Il y aurait eu un surprenant cafouillage de la nature. Comment expliquer qu’après plusieurs millions d’années d’évolution du monde vivant vers cette sublime harmonie de la biodiversité terrestre, l’espèce humaine soit apparue, non comme une continuité vers cette harmonie mais comme un trouble-fête, un perturbateur et même un dangereux prédateur ? Gaïa serait-elle tombée malade ? Il y a eu plusieurs incidents, cosmiques, climatiques ou tectoniques au cours de sa longue vie. L’un d’eux, il y a 65 millions d’années, en faisant disparaître les dinosaures, a permis aux mammifères de se développer.

La conjonction de deux phénomènes qui se sont produit il y a 17 à 18 millions d’années, explique sans-doute cette surprenante apparition du « monstre » humain :
1 - Un important réchauffement climatique aurait déclenché des incendies de forêt et l’apparition de zones quasi désertiques.
2 – Le rattachement de l’Afrique (qui était une ile) au continent, aurait permis à certains anthropoïdes de quitter le berceau de l’humanité.

En effet, ces deux phénomènes naturels sont sans-doute à l’origine, d’une évolution surprenante d’une partie de nos ancêtres simiformes et donc de leur dérive épigénétique. En quittant la forêt protectrice et en parcourant la savane sur de longues distances, nos amis quadrupèdes éprouvèrent le besoin de se tenir debout de plus en plus souvent. Cette évolution pas tout à fait naturelle, faillit nous être fatale. En effet, le bassin de nos femelles devenant trop étroit, ne leur permettait plus de mettre au monde des petits singes normaux. Il y eut à cette époque lointaine des milliers de femelles mortes en couche et des milliers de mort-nés. Mais la nature est plus forte que l’adversité. Avec le temps, quelques femelles survécurent mais en ne mettant au monde que des petits singes prématurés qui, du fait de leur petite taille, pouvaient naître sans trop de problèmes. Et ce fût la norme chez ces quelques espèces de singes bipèdes. Et c’est ainsi que la Nature (ou Dieu) créa l’espèce humaine. Inutile de vous dire, qu’il me paraît maintenant tout à fait normal qu’après cette longue histoire, 9 mois dans le ventre de sa mère et plus de 15 années d’élevage et de croissance, ce petit prématuré fragile s’éclate de la liberté retrouvée. Malheureusement, un humain n’est pas un papillon et sa joie de vivre a vite tourné en cauchemar. Vivre à cent à l’heure pose des problèmes lorsque le circuit automobile est trop étroit. Il veut tout bouffer, le monstre. Et sa planète ne lui suffit pas. Voilà que maintenant il veut partir à la conquête des étoiles !

François-Michel Maugis
Président de l’association Énergie Environnement

[1(1) Référence : Ouvrage « Das problem der menschwerdung » du biologiste Louis BLOK (1926) - Ouvrage « Éthique de l’environnement » de H. Stéphane AFEISSA (2007) - Thèse de Martino AMISI « Les rapports entre l’homme et la nature » (2009)

[2Cf. son dernier livre chez Albin Michel : « Sapiens ».