Di sak na pou di

Pourquoi est-il contre-productif de punir un enfant ?

François Maugis / 24 février 2018

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Le tout petit qui vient de naître, évidemment, ne connais rien du monde des adultes. En fonction du milieu dans lequel il vit, des influences et des interactions multiples qu’il subit, il va découvrir progressivement, plus ou moins vite et plus ou moins profondément ce monde.

Il est donc bien évident que ses premières actions, initiatives, pulsions, seront très maladroites et peu en phase avec une culture qu’il ne connaît pas encore. Le redressement de la barre, le changement de cap spontané ne peut venir que de cette compréhension progressive.

Autrement dit, le rôle de l’adulte (à supposer qu’il en ait un), c’est d’apporter à l’enfant l’information qui lui manque. N’oublions pas que chez les mammifères et bien d’autres espèces, la curiosité naturelle du petit, est ce qui lui permet de prendre conscience de son environnement, et de sortir progressivement de son nid. C’est partant de ce principe que certains vont jusqu’à dire : « Il n’y a pas de mauvais élèves, il n’y a que des mauvais professeurs ». Certains enfants ont, eux aussi pris la balle au bond et sont prêts à déclarer tout de go, lorsqu’on les pousse à bout : « Je n’ai pas demandé à vivre ou (variante) à venir au monde ! ». Tout cela est parfaitement exact et cohérent mais ne correspond absolument pas à la conception que nous avons de l’éducation et cela, depuis au moins deux millénaires. Est-ce un progrès ? Sur le plan des résultats matériels, certainement.

Mais sur le plan de l’équilibre psychologique et de l’épanouissement de l’être, cela semble fort discutable et, d’ailleurs, fortement discuté. Faut-il attendre que l’enfant comprenne seul les choses ? Oui, bien entendu, cela serait l’idéal mais le monde moderne cache les fondamentaux et nous noie dans l’artifice et le superficiel. La curiosité naturelle de l’enfant est alors mise à rude épreuve. Quel bonheur alors pour l’adulte jouer au professeur, quel soulagement pour les faibles et les déséquilibrés, d’étaler leur supériorité. Quand on veut connaître la qualité d’une ménagère, on visite ses toilettes.

Quand on veut porter un jugement sur la valeur d’un individu, il suffit d’observer son comportement avec les enfants. Mais, au-delà des attitudes inappropriées des mauvais professeurs, il y a ce nécessaire ajustement entre la construction que permet la curiosité naturelle de l’enfant et la réalité d’un monde de plus en plus artificiel. Oui, il y a là un vide à remplir. Mais ne croyez pas, chers éducateurs, que cela vous dispense de montrer aux enfants les fondamentaux que, dans d’autres temps, ils étaient capables de découvrir seuls. Double tâche donc pour ces pauvres enseignants. Cela est rarement dit et encore moins compris mais cela explique la difficulté, cela explique en partie, la crise de l’enseignement et surtout, le malaise de tous.

François-Michel Maugis – La Réunion
Économiste, écrivain et philosophe



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  • Nous avons convenu avec François Maugis ce que nous avions du travail sur cette belle île de la Réunion il y a une vingtaine d’années j’avais apporté du CNDP centre national de la documentation pédagogique un autocollant où il était mentionné le plaisir d’apprendre le plaisir d’enseigner et maintenant un peu 20 ans 20 22 ans après le ministre Blanquier évoque l’école qui donne confiance en élève on est loin du plaisir d’apprendre nous avons vraiment du travail à accomplir

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