Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
17 juin 2009

Pourquoi faudrait-il que des jeunes et moins jeunes soient dans une logique de survie plutôt que dans une logique de vie ? A qui profite cette situation ?
Voici quelques questions clés qui peuvent servir de base de réflexion à une analyse de la situation que doivent subir aujourd’hui les assistants d’éducation à l’instar d’une majorité de Réunionnais. Seule une introspection saine et juste permet de répondre à ces questions cruciales.
Etant moi-même assistant d’éducation, diplômé d’une maîtrise avec mention et sur le point de me retrouver au chômage, de quitter mon logement et de retourner dans le HLM de mes parents avec ma femme ; il a fallu que je me remette en cause et que je trouve une explication logique à cette situation pour ne pas “péter un plomb”. J’en suis arrivé à me poser cette ultime question : Qui suis-je ?
Je suis de ces gens qui, réduits et conditionnés par la précarité et le chômage, sont prêts à accepter les pires conditions de travail aux plus bas salaires, dans le but de nourrir leur famille et de vivre dignement en ayant une existence sociale. Je suis de ces gens qui, dans le privé, dans le monde de l’entreprise, sont de l’or en barre. Le salarié malléable à souhait, multifonction, polyvalent, fatigué et mal payé, mais toujours souriant car heureux d’être de ceux qui travaillent. Voilà en quoi sont utiles les chômeurs et autres précaires. Voila à quoi sert plus de la moitié de la population réunionnaise. Cette logique, certes malsaine, est considérée comme valable dans le privé, qui est régi par les lois du capitalisme et du libéralisme ; mais à quoi sert-elle dans le public ?
A quoi cela peut-il bien servir dans nos établissements scolaires de remplacer un employé efficace et expérimenté par un employé débutant sans aucune expérience, alors que les logiques économiques sont sensées ne pas s’appliquer dans l’éducation ?
A quoi cela sert de remplacer quelqu’un qui connaît : les élèves, leurs problèmes, les familles, le travail de surveillance et d’aide aux devoirs, le travail d’intendance, le travail de vie scolaire (gestions des absences, appels aux parents, gestion des conflits, ...), le travail d’aide documentaliste, la gestion des dossiers, les inscriptions, les réinscriptions, leur saisie informatique, l’organisation des examens, la participation aux ateliers pédagogiques et j’en passe ?
Pourquoi la précarité et la non-reconduction des contrats ?
Nous sommes dépositaires d’un savoir qui ne s’acquiert que par l’expérience, d’un savoir avant tout humain mais aussi technique. Nous sommes diplômés, nous sommes efficaces. Et je peux affirmer en toute sincérité que nous sommes indispensables au bon fonctionnement de tout établissement scolaire. Je mets quiconque au défi de trouver une personne raisonnable capable de nier cette affirmation.
Cette introspection que je viens de partager avec vous, lecteurs, est une base indispensable à la compréhension de notre problème à l’heure actuelle. Ne vous laissez pas aveugler par ces anciens assistants d’éducation qui ont eu la chance de réussir un concours et qui se permettent de critiquer notre démarche. Il n’y aura jamais assez de places aux concours pour nous intégrer tous, sur des milliers de postulants (toutes origines confondues) par concours, à peine 5 sont reçus à La Réunion dans le meilleur des cas.
Comprenez maintenant pourquoi nous demandons au Recteur de l’Académie de pérenniser nos contrats et d’appliquer ce que les directives européennes prévoient, la fin de la précarité dans les différents systèmes éducatifs européens. N’appliquez plus les schémas économiques capitalistes dans nos établissements scolaires. Nos enfants méritent mieux, les chefs d’établissements méritent mieux, la population réunionnaise mérite mieux.
Nicolas Deloffre
Mouvement des Assistants d’Education
Courrier des lecteurs
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