Crise de l’eau : alerte générale à La Réunion
6 août, par180 litres d’eau par jour par personne : droit dans le mur
22 juin, par

Principe de base chez Bourdieu (dont je fus naguère l’un des nombreux assistants), savoir d’où l’on parle : je suis un zorey, enseignant, installé ici depuis 27 ans. Je suis donc à la fois acteur et observateur du "privilège zorey".
Je viens de lire l’article de Zinfos ci dessus et je me suis dit "enfin". Enfin un texte clair, qui utilise les bons outils pour décrypter la société réunionnaise et les "champs" sur lesquels se jouent les principaux rapports de forces. Ces outils sont la psychologie et la sociologie, malheureusement non enseignées à l’Université de la Réunion, sauf dans le privé pour la psychologie.
La sociologie étant "un sport de combat" dixit Pierre Boudieu, on comprend pourquoi l’Etat, jusqu’aux années 80 n’ait pas cherché à l’introduire dans le supérieur. On aurait pu croire qu’avec l’extinction de la revendication autonomiste elle aurait trouvé sa place sur les bancs de l’Université. Il n’en fût rien. Les sciences de l’éducation lui offrent à doses homéopathiques un strapontin : seule une infime minorité d’étudiants y ont donc accès.
L’essentiel des concepts de la sociologie est distillée succinctement par les enseignants de Sciences économiques et sociales de lycée. Pour faire simple, l’approfondissement ici des études en sociologie, et en psychologie, véritable arlésienne depuis au moins un demi siecle, reste un des chantiers prioritaires dans l’Académie de la Réunion.
Dans quel but ? Contribuer aux conditions de l’émancipation des esprits en décryptant les mecanismes de distinction, de reproduction, et pour tout dire de domination en place ici. Le processus d’acculturation, renforcé avec la départementalisation, à cause et malgré notre statut de DOM, a fait de l’appropriation de la culture dominante le passage obligé pour accéder aux postes à responsabilités dans l’administration, l’éducation, mais souvent aussi dans le secteur privé.
Au delà du bac, et jusqu’aux années 80, la poursuite de ces acquisitions se faisait dans l’hexagone. Combien ont sauté la mer, et las de pouvoir rentrer ici un jour , ont fait leur vie là bas ou sont revenus seulement pour leur retraite ? Ajoutons à ceci les effets ravageurs du miroir aux alouettes que fût le Bumidom et vous aurez une petite idée de l’énorme potentiel perdu.
A l’inverse, et à partir des années 60/70, le développement socio-économique, la massification de l’Ecole, font déverser pendant plusieurs décennies un flux continu de cadres administratifs, médicaux, médico sociaux, enseignants et autres. Ils disposent d’un avantage (je préfère ce terme à celui de privilège) décisif : le capital culturel, celui de la culture dominante, et des attributs du pouvoir symbolique, économique et pour tout dire social, qui vont avec, sans parler de l’habitus, de la maitrise des codes etc... Combat asymétrique du pot de terre contre le pot de fer.
Que faire (pour plagier Lénine) ? La loi Nôtre nous a ouvert des perspectives en nous permettant, à travers la mise en place d’une conférence territoriale élargie, d’organiser localement les conditions de notre propre développement. Utilisons cet outil. Utilisons l’arsenal juridique des DROM pour échapper aux décisions qui vont contre l’intérêt du propre développement réunionnais.
Les deux députés guyanais , en se battant pour obtenir des autorisations de forages pétrolifères sur leur propre territoire, ont montré la voie. De nombreux combats sont du ressort des Réunionnais : l’inclusion dans l’environnement régional, l’implantation ici d’un IRA pour former nos fonctionnaires territoriaux, la maitrise des mouvements migratoires (notre équilibre économique et écologique vacillera à l’approche du million d’habitants), la pacification de l’Océan indien, le développement durable de La Réunion, la place de la culture et de l’identité créole... Allons faire !
Pascal Basse
180 litres d’eau par jour par personne : droit dans le mur
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