Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
17 septembre 2009

Il n’y a pas un instant dans la vie publique réunionnaise qui ne soit consacré au problème du logement. Il est vrai que cette question suscite des intérêts divers, sociaux tout d’abord, puisque aujourd’hui, 27 mille ménages sont à la recherche d’un logement et que l’industrie du bâtiment est celle qui emploie le plus de main d’œuvre, économiques, puisque qu’elle concerne une grande part des marchés financiers locaux et surtout publics.
À l’heure où la politique se fixe comme perspective non la satisfaction des besoins sociaux des citoyens, mais l’art de communiquer et de manipuler l’opinion, la question du logement des Réunionnais est devenu récurrente dans les discours et chacun sort de son chapeau quelques merveilles destinées à l’illusion de leurs concitoyens.
Dans le genre, les représentants de l’État, à l’unisson de l’omniprésident, ne sont pas en reste. C’est ainsi que le préfet a annoncé l’engagement de l’État pour un budget de 825 millions d’euros jusqu’en 2014 pour la construction de 30.000 logements sociaux. Ce programme permettrait ainsi d’éradiquer les 21.000 logements insalubres recensés par l’INSEE et d’anticiper sur la poussée démographique.
Voilà le problème du logement, récurrent depuis des décennies, réglé par un tour de passe-passe grâce à la magie sarkozienne. Cela peut prêter à rire si l’on n’est pas conscient de la gravité la situation.
Car un simple calcul arithmétique nous laisse perplexes. Sur cinq ans, les promesses préfectorales engagent l’État à faire construire 6.000 logements pour 161 millions par an. Le logement à 27.500 euros, c’est une affaire ! Dépassé le logement Boutin à 15 euros par jour. Dépassés également tous les gouvernements précédents qui n’ont pas réussi pendant 20 ans à assurer la construction de plus de 1.500 logements neufs par an.
Monsieur le préfet se garde bien de dire en plus que les sommes ainsi budgétisées dans la LBU serviront également à l’acquisition de domaine foncier ou à restaurer les logements existants. Bref, il est plus que probable que le programme de construction des logements non seulement ne permettra pas de supprimer les logements insalubres, mais ne répondra pas aux besoins de la poussée démographique.
La Réunion fait les frais d’une politique qui n’a pas su programmer l’acquisition de réserves foncières et faire face aux besoins liés à l’augmentation de sa population. Les programmes politiques des représentants de l’État sont, encore plus que par le passé, de la poudre jetée aux yeux des travailleurs et des déshérités. En outre, pendant des années, la réduction du pouvoir d’achat qui n’a pas été réglée, ni même enrayée par le fameux accord COSPAR ne permet plus aux travailleurs d’acquérir des logements et même de louer des logements décents.
Un commis de l’État n’a pas vocation à nous cacher cette vérité, mais à trouver des solutions politiques pour satisfaire les besoins des citoyens.
Les solutions existent. Tout d’abord, développer une vraie politique d’acquisition de réserves foncières aménageables pour l’acquisition à la propriété des travailleurs et prévoir sur ces réserves la construction de logements sociaux. C’est une politique qui, à moyen terme, atteindrait les objectifs de Résorption des logements insalubres.
Alors pourquoi pas ? Peut-être parce que cela ruinerait partiellement la fièvre spéculative organisée par quelques nantis sur le prix du foncier. On n’ose y croire.
Roger Alagama,
ancien secrétaire général de la CGTR-BTP
Courrier des lecteurs
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