Production, consommation : « Alimenter le monde » au XXIème siècle : Voilà le vrai défi réunionnais, français et européen !

27 novembre 2006

Aux portes de la Réunion, la Chine, l’Inde, l’Afrique, terres de nos origines de peuplement, sur toute la surface du globe, les terres se raréfient, particulièrement en Asie sous l’effet de deux phénomènes gigantesques et dantesques : l’urbanisation et la désertification.

a) L’urbanisation, spécialement en Chine, mais aussi en Afrique, amène à une « explosion du bidonville global », avec 400 villes de plus d’un million d’habitants aujourd’hui, contre 86 en 1950 et 550 dans huit ans. En 2007, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il va y avoir plus d’urbains que de ruraux. Les moyennes villes, les bourgades sont « villifiées ». En Chine, en vingt ans, 200 millions de paysans ont migré vers la ville. Qui dit vie à la ville, dit consommation !

b) désertification et manque d’eau en Inde ; Révolution verte à sec.
L’Inde est un exemple de mer d’Aral subcontinentale. La révolution verte a épuisé les nappes phréatiques à coup de pompes à 600 dollars pièce et de puits utilisés par 21 millions de cultivateurs de riz, de blé, de maïs, de coton, de luzerne, de canne à sucre. L’eau devient en Inde, comme ailleurs, chère. 15% du revenu d’une famille peut aller à l’achat de l’eau. Certes l’Inde a réussi à nourrir une population qui a doublé. Grâce à une révolution verte faite par l’irrigation. L’Inde produit du riz, du blé, du maïs. Les rivières ont été détournées vers les canaux, mais surtout 21 millions de cultivateurs pompent dans les nappes aquifères pour irriguer. Dans les vingt dernières années, 12 milliards de dollars ont été consacrés à l’achat de ces pompes et au forage des puits. D’où une extraction annuelle de 250 kilomètres cubes d’eau par an. Soit 100 km3 de plus que le renouvellement assuré par les pluies. Les experts évaluent alors à 200 millions de personnes la population indienne qui risque d’avoir un avenir sans eau. Ainsi, au nord de l’État du Gujarat, les puits descendaient à dix mètres. Aujourd’hui, même à 400 mètres de profondeur, les forages ne donnent plus d’eau. Dans l’ouest de l’Inde, des millions de puits tubulaires sont taris. La révolution verte peut finir.
Bientôt, quand l’Inde s’assèchera, les paysans de la Réunion et d’Europe devront la nourrir.

L’importation du Nil. Pendant que le Pakistan épuise l’Indus au rythme de 50 km3 d’eau par an pour faire pousser le coton ; l’Iran, l’Egypte, la Jordanie et le Proche-Orient importent, chaque année, sous forme de viandes et de céréales provenant de pays à l’agriculture irriguée, une masse d’eau équivalente au débit annuel du Nil.

Suicides paysans. Les paysans indiens surendettés se suicident. Comme partout de la même façon : pendaison ou pesticides avalés. On se suicide pour un endettement de 10 000 roupies ou 170 euros.
Qui va nourrir ces pays ? Qui va nourrir l’Inde, la Chine ?

L’élévation du niveau de vie en Asie. Le temps arrive où l’Inde va être importatrice. Comme la Chine, où l’élévation du niveau de vie de 250 millions de la nouvelle bourgeoisie de Shanghai, de Pékin, de Guanzou et des villes champignons de la province de Guandong, va augmenter la demande en fruits, légumes, vins, viandes.
« Alimenter le monde » au XXIème siècle : voilà le vrai défi. Qui va le relever ? Qui va alimenter le monde ?
Parce que le Brésil est sur les rangs, avec ses 25 millions d’hectares en réserve en Amazonie, la Réunion, avec la France, et l’Europe elles aussi, doivent se préparer à répondre à cet appel d’offre.
À l’appel d’offre alimentaire du monde, ou c’est le Brésil qui emporte le marché des protéines animales et végétales pour le XXIème siècle, ou la Réunion et la France ne lui laissent pas le monopole de l’alimentation.
Le soleil vert du monde qui se lève, va-t-il être brésilien, réunionnais, français et européen ?

Le Président de l’ORGECO
Noor-Olivier BASSAND


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